4 jours à Berlin

 

 

Si il y a une ville où j’aurais aimé vivre après Londres, c’est bien Berlin.  Non sans surprise elle a été classée deuxième ville, après Tokyo, ou il fait bon vivre, par le très chic magazine Monocle.
Ville des artistes, écolo, bobo, Berlin est électrique, vibrante, underground, alternative.
C’est aussi une ville chargée d’histoire, des cicatrices de cette histoire, visible à chaque coin de rue. Des immeubles criblés de balles et de trace de bombardement, des vestiges du mur encore présent, des mémoriaux partout, Berlin témoigne.

 

Si Berlin a vécu dans la douleur, elle a aussi vécu en résistant à l’adversité. De 45 à 89 la ville fut partagée en quatre secteurs d’occupation, deux idéologique: capitalise contre communisme, divisant des familles entières. Berlin Est sous occupation soviétique, est la rebelle et celle qui a le plus de charme. Des traces de l’ex-URSS y sont encore visibles partout. Et le Checkpoint Charlie, passage obligé jadis d’une rive à l’autre, malgré sa transformation en attraction touristique, laisse  émaner encore une très forte charge historique et émotionnelle.

 

Ma première impression à la vue de cette ville, de son architecture, de ses bâtiments, c’est un sentiment de tristesse. Berlin m’émeut. On se rend compte à quel point les berlinois et surtout ceux de l’Est, ont souffert. La pauvreté imprègne chaque quartier. Et les monuments en hommage aux juifs sont bouleversants.

Mais Berlin revit de ces cendres. Destination aujourd’hui branché, la scène berlinoise est l’une des plus avant-gardistes au monde, dépassant parfois New York, ou Londres : peintures, cinéma, architecture, désign, musique, danse, Berlin plait, séduit, par sa jeunesse au style branché décalé, mais surtout pour son gout prononcé pour tout ce qui est bio, écolo et récup.
La ville n’abrite pas moins de 166 musées, 142 bibliothèques et 60 théâtres.
Des immeubles modernes à l’architecture audacieuse poussent partout au côté de vieux bâtiments, donnant un style hybride à la ville qui la rend unique.
Des jardins sauvages installés dans un ancien aéroport, ou sur des chemins de fer, des plages et terrasses improvisées, poussent un peu partout, transformant la ville en fête estivale de quartier…

À l’opposé, Berlin Ouest, est plus chic, sobre et parfaitement entretenu. Des parcs, des jardins, de grandes avenues, des immeubles, hôtels et restaurants impeccables, assez haut de gamme.

Nous nous rendons donc à Berlin pour une durée de 4 jours.

L’envie me titillait depuis longtemps faut dire.
Nous arrivons par avion à l’aéroport de Schönefeld. Nous prenons le métro, U-Bahn (le S-Bahn étant le RER allemand), qui a des airs seventies, et comme le Londonien, est plus logique que le Français. Il n’y a pas de contrôleurs, pas de portique de sécurité, mais si vous vous faites attraper l’amande peut être salée. En tout cas ça dissuade tous fraudeurs ; Nous prenons un ticket zone C  pour le centre-ville (3.30E). Des forfaits à la journée ou pour 5 jours existent également.

Nous logeons du côté Ouest à côté du Zoologique Garden dans un super hôtel 4 étoiles : L’hôtel Pestana Berlin. Notre chambre est topissime, avec lit King size de à l’allemande. Philippe avait envie d’un séjour haut standing. Je n’insiste pas. L’hôtel est super, mais j’aurais préféré être de l’autre côté.
Philippe est déjà venu à Berlin, aussi je me laissais totalement guider.

 

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Berlin compte trois centres-villes :

– celui de l’Ouest (autour du Zoologischer Garten)
– celui de l’Est (autour de la Alexanderplatz)
– et le nouveau centre-ville de la Potsdamer Platz, qui fait revivre le centre-ville d’avant-guerre.

 

Dès que nous déposons nos bagages, nous ressortons immédiatement.
Nous commençons par le centre et le côté Ouest. Nous sommes au mois de Mai, mais il fait encore assez frais. Les grands boulevards laissent les courants d’air nous fouetter.
Nous nous rendons à pied à Potsdam platz. Je suis déjà sous le charme de ses énormes tuyaux aux couleurs primaires et des morceaux du mur que des artistes se sont réapproprient, éparpillés sur la place et partout dans la ville.  Nous continuons notre marche jusqu’à la Porte de Brandebourg, monument aussi incontournable que symbolique: Brandenburger Tor a été construit à la fin du 18e siècle et est liée à tous les événements qui ont marqué la ville. Elle a fait partie du Mur et est devenue le symbole à la fois de l’unité allemande, puis de sa division.

 

Nous continuons notre balade jusqu’au « Memorial to the murdered Jews ». Conçut par l’architecte américain Peter Eisenman et l’ingénieur Buro Happold, ce n’est pas moins de   2 711 stèles de béton disposées en maillage, qui sont censées produire « une atmosphère de malaise et de confusion, représentant un système supposé ordonné qui a perdu le contact avec la raison humaine ». Sous ce champ de stèles se trouve la  Place de l’Information qui contient le nom de toutes les victimes juives recensées.

Comme nous sommes arrivés dans l’après-midi, nous décidons de rentrer, encore fatigué par le voyage. Nous longeons le fleuve Spree, passons devant la colonne de la victoire et le Jardin zoologique.  J’aime cette ville.

 

 

Le deuxième jour

Nous retournons au Potsdam Platz, notre point de départ quotidien, mais nous nous arrêtons en chemin derrière un petit centre commercial pour manger: Potsdamer Platz Arkaden. Nous avons fait la grâce mat, aussi nous n’avons pas pris de petit dej et nous décidons de déjeuner direct. Nous trouvons un petit resto Bio qui sert de la cuisine fusion germano-thaïlandaise: weelfood. Une tuerie.

Direction le Palais du Reichstag.

 

Construit en 1884 pour accueillir l’assemblé du Reich, le Reichstag, haut-lieu politique est là encore un fort symbole de cette partie de l’histoire Allemande et l’un des rares monuments du régime nazi encore debout. À chaque angle de l’édifice s’élève une tour dont chacune représente les grands royaumes de l’empire allemand : Bavière, Saxe, Prusse et Wurtemberg.

 

Puis nous marchons encore jusqu’à la Gare Centrale, le Berlin Haupbanhof. La marche à pied avec Philippe, c’est militaire, il a une cadence…je meurs. Tous ça pour dire que ce n’est pas à côté, mais ça nous permet de découvrir la ville.

Cet autre prodige architectural, avec ses six niveaux ferroviaires superposés, 54 escaliers roulants et ses 34 ascenseurs, est tout simplement incroyable. Tout en verre et en acier, c’est un véritable bijou d’ingéniosité et la plus importante d’Europe par la taille. Tous les trains grandes lignes arrivant ou traversant Berlin y passent… Il a été construit par L’architecte Meinhard Gerken. On traverse le Spree pour s’y rendre et juste en face, une sorte de Berlin plage « improvisé » lui fait face.

Nous rentrons en métro cette fois-ci, mais nous ne résistons pas à nous faire un grec, Berlin étant connu pour : d’une l’avoir inventé, oui oui, et de deux, avoir les meilleurs au monde. On s’arrête non loin de Potsdam devant un kiosque (halal bien sur).  Pas aussi bon qu’en Turquie quand même, mais qui vaut le coup de dent.

 

Troisième jour

Nous n’avions pas vu la veille qu’à côté de notre petit centre commercial il y avait le Sonny center. Une autre prouesse architecturale. Le Sony-Center, situé à côté de Potsdamer Platz, fait partie des nouveaux quartiers de construction les plus impressionnants de la ville. Œuvre de l’architecte germano-américain Helmut Jahn, il a été inauguré en 2000. Le bâtiment est éclairé par l’artiste Yann Kersalé. Le Sony Center présente une architecture transparente en acier et en verre également, mais se composant de huit éléments, dont l’ensemble est couvert par un seul toit vitré en bâtière. Il s’agit d’une construction inclinée en fil et barres d’acier qui semble flotter sur la place. Les bâtiments se regroupent autour d’un grand forum ovale, avec des cafés, des restaurants, des boutiques et des cinémas. Cette charpente d’acier et de verre se compose de 700 tonnes d’acier, d’une surface en verre de 3500 m2 et de 100 tonnes de cardage et de toile. La partie donnant sur Potsdamer présente un gratte-ciel vitré en forme de demi-cercle, avec une hauteur de 103 mètres et 26 étages de bureaux. Si vous aimez l’architecture comme moi, vous ne pourrez rater la visite de ces bâtiments.

 

Comme la veille, nous n’avons pas petit déjeuner, cause grâce mat. Nous mangeons dans une brasserie au Sonny plazza, un burger végétarien. C’est tellement bon que nous y retournerons le lendemain, ou nous assisterons à une première avec des acteurs de  blogbuster américain.

 

Nous nous rendons cette fois à Berlin Est. De Potsdam Platz nous partons en direction du « Check point Charlie », le plus célèbre poste-frontière de Berlin Est/Ouest, avec le pont de Glienicke et son fameux panneau : YOU ARE NOW LEAVING THE AMERICAN SECTOR. Sur le chemin nous tombons sur le musée de Trabi, voiture mythique allemande, qui vaut le coup d’oeil.

 

Check point Charlie

 

Nous déambulons dans les quartiers un à un et nous nous imprégnions de l’atmosphère douce de ce côté-ci de la ville, à l’esthétique urbaine très marquée socialiste. C’est le printemps, les arbres sont fleuris et les berlinois sont souvent en vélo. Des petits resto, brasseries égaient notre parcourt. Beaucoup ont l’esprit récup, avec des meubles de fortunes dépareillés. On ADORE.

Puis nous nous dirigeons vers Alexander Platz est sa Tour de Télévision. Elle mesure 368 m, avec un restaurant tournant à son sommet, le plus haut d’Europe. La vue y est imprenable.

 

Nous mangeons du poisson dans une cantine spécialisée juste en face. L’Alexanderplatz,  nom en l’honneur du Tsar de Russie Alexandre Ier, était un marché aux bestiaux au Moyen-âge, puis un lieu de parades militaires  et de rassemblement, jusqu’à la chute du mur. Alfred Döblin dépeinte très bien dans son roman « Berlin Alexanderplatz«  le pouls de la ville cosmopolite et trépidante des années 20, avant la prise de pouvoir imminente par les nazis. Un délice.

 

Nous finissons notre journée aux puces au nord de Berlin : Mauerpark (station U Eberswalder Strase). On a de la chance, il fait beau aujourd’hui, et l’ambiance est bon enfant. Les gens sont détendus, souriants. Il y a des petites tables de jardin en guise de café, et des vélos partout. Les plantes vertes succèdent aux meubles, fripes et stands de fortunes. Moi je suis dans mon élément. Le temple de la récup et de la fripe, le rêve. Je fouine et passe mon temps à héler Philippe pour un oui ou pour un non. On se prend des Bretzels et du jus et nous continuions durant 2h notre flânerie.

 

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Nous quittons les puces et retrouvons encore le mur que nous longeons avec mélancolie.

Nous rentrons à notre hôtel.

 

 

Dernier jour

Direction  LA plus célèbre des galeries de Berlin : la East Side Gallery. Comme son nom l’indique, elle se trouve du côté Est. Il pleut ! Philou se refait un grec comme petit dej, je le regarde dégoûter. Sur notre route nous passons devant Berlin Bridge et nous nous égarons. Nous ne trouvons pas la galerie. Ça fouette bien. Finalement nous demandons et nous constatons que nous étions juste à côté.

 

Waouwwww. Le mur encore et toujours. 1 ,3 km de long, peint par des d’artistes originaires de 21 pays différents. La East Gallery est devenue une véritable galerie d’exposition pour le Street Art. Plus d’une centaine de peintures réalisées (dont la première dès l’ouverture du Mur en 1989).

 

Nous en profitons pour descendre dans le sud et visiter des zones désaffectées et des anciennes usines récupérées en lieux branchés. Cette ville est magique. Chaque coin mort ou délaissé, est récupérer, transformé, fleurie pour le rendre à la vie au-delà de son identité première. C’est tout un concept en soi.

 

Nous finissons notre découverte de la ville par  le quartier de Kurfürstendamm, au lieu par du shopping à Berlin. L’avenue Ku’dammest considérée comme l’une des avenues les plus importantes d’Allemagne. Le boulevard de 3.5km de long s’étend de Breitscheidplatz à Charlottenburg,  un peu comme nos galeries Lafayette, en moins claquant et surtout inintéressant pour moi.

 

Nous retournons au Sonny center pour manger notre burger végétarien.

Nous repartons avec la promesse de revenir absolument. La langue et le climat assez frais même au printemps m’auront dissuadé de vivre dans cette ville idéale.

Notre seul regret, ne pas avoir vu le Stade olympique: l’Olympiastadion des Jeux olympiques de Berlin de 1936, celui-là même ou l’athlète noir américain, Jessie Owens, à défié le régime fasciste en levant le poing en l’air. Nous ne l’avons découvert que plus tard. Mais pas grave, ce sera l’excuse pour revenir.

 

Vous aimez l’architecture, et vous voulez en connaitre plus sur celle de Berlin, voici deux bouquins ou vous pourrez trouver votre bonheur: « Berlin » de Gabriele Basilico en Français, et Berlin, The Architecture Guidede Rainer Haubrich et Hans Wolfgang Hoffmann, en Anglais.

 

 

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