3 ans après, quoi de neuf?

 

Petit Résumé 

 

Cela fait aujourd’hui plus de 3 ans que nous avons quitté la France et 2 ans ½ que nous sommes au Maroc. Tant de choses se sont passées depuis que nous avons rendu les clés de notre appartement…

 

SDF après avoir rendu les clés de notre appartement

 

Après avoir effectué un périple de 9 mois et 12 pays plus tard, c’est finalement au Maroc que nous décidons de nous fixer. Faut dire que nous connaissions pas mal de pays de nos précédents voyages, avant notre tour du monde, et en les effectuant, j’ai toujours cherché à savoir si je pouvais m’y établir. Car l’envie de quitter la France me hante depuis mes 15 ans. Donc nous pouvons dire plutôt 30 pays plus tard…

Vous pourrez en savoir plus ici.

 

Je disais donc que beaucoup n’ont pas compris ce choix. Avoir vu les plus beaux paysages au monde, les plus exotiques, les plus chaleureux, les plus enviés, le Maroc pour certains faisait office de Pologne.

Mais nous avions bien soupesé ce choix. L’exotisme, les paysages paradisiaques n’ont jamais été un critère pour nous, car souvent ces lieux ne sont pas adéquats à l’installation. Le fait qu’un pays veuille de nous et donc opte pour une réelle politique d’immigration, le fait de ne pas subir d’islamophobie, la proximité, la langue, puis la qualité de vie étaient nos critères principaux.

L’envie de vivre aussi différemment de notre vie parisienne au rythme effréné, à courir après l’argent, le temps, ainsi que le manque de nature, l’envie de consommer différemment et pour moi : être dans un pays qui n’avait aucune responsabilité dans des conflits majeurs et dans le désordre du monde, en faisait également partie.

 

Et nous voici donc à Tanger au Maroc.

Nous étions partis à Fès au début de notre mariage, et au-delà de la beauté de la ville, l’atmosphère ne nous a pas plus. Philippe n’était donc pas chaud pour le Maroc. Après ce séjour de deux semaines dans la ville blanche, Philippe est sous le charme.

Jusqu’ici les villes qui nous ont plus et qui était dans la course :

  • Londres (pour nous deux)
  • Istanbul (pour moi)
  • Thaïlande (pour Philou)

Mais pour Philippe, la Turquie avait un énorme inconvenant : la langue. Pour moi aussi d’ailleurs, mais j’étais prête à tenter le coup. La magie d’Istanbul avait agi sur moi, autant que la gentillesse de sa population.

 

Puis une fois au Maroc (notre dernière étape) nous refaisons le point :

  • Londres : c’est cher, proche, on y parle anglais (qu’on ne maitrise pas), c’est facile de s’y installer, on adore la culture et la ville, mais c’est encore l’Europe. Le boulot on peut trouver, mais faut l’anglais professionnel. Le racisme et l’islamophobie sont quand même présents même si ce n’est pas la France, la bouffe mitch mitch et surtout le temps n’est pas toujours au beau fixe. Mais on est en accord tous les deux sur ce choix.
  • La Turquie: Philippe bloque sur la langue, donc la langue, c’est plus difficile de s’y installer, on peut trouver du boulot pas forcement dans notre domaine (on nous avait fait une proposition lors de notre voyage), la ville et la culture au top, on peut y vivre sa religion sans problème, la bouffe bonne, c’est un peu plus loin que Londres et le climat ressemble a celui de la France.
  • Thaïlande: c’est loin, c’est très difficile de s’y installer, le climat top, la bouffe top, une grande majorité de musulmans y vivent en paix, mais la culture asiatique ne m’attire pas plus que ça.
  • Maroc : on est OK tous les deux, c’est proche, on y parle français, climat top, bouffe top, on peut trouver du travail ou créer sa boîte facilement, pas de problème en ce qui concerne la religion et la ville et la culture top, même si au niveau culture ce n’est pas l’occident (je parle d’événements culturels et non de la culture en elle-même évidement).

 

Quant aux autres pays visités :

Canada : trop loin, trop froid, puis on n’a pas eu de déclic

Japon: trop cher, trop loin et on n’aime pas leur mentalité de travail et leur matérialisme/consumérisme exacerbé

Les Émirats: trop superficiels, cher, loin, même si Philippe se serait bien laissé tenter

Malaisie/Indonésie: on ne s’y voyait pas. La Malaisie nous a déçus en plus d’être loin et difficile pour l’Installation

Singapour: loin, dure d’installation, trop consumériste

Les États Unis: enfin New York : C’était psychologique, même si New York est vraiment une ville très attractive et qu’elle donne vraiment envie de s’y installer, il m’était impossible de vivre dans un pays qui a contribué à tant de désordre dans le monde.

L’Inde/l’Iran: non pas été dans la course, c’était juste pour le plaisir.

 

 

Installation

Philippe me dit qu’il se voit bien ici et que la ville n’a rien à voir avec Fès.

Alors c’est bon, notre choix est fait. Nous optons donc pour Tanger après avoir refait salat istikhara. Tanger sera notre nouvelle maison et le Maroc notre nouveau pays.

En trois jours nous trouvons notre nouvel appartement, nous rentrons et nous avons un mois pour tout préparer.

Nous effectuons nos derniers achats, réglons quelques papiers, refaisons des cartons (nos affaires stockées chez ma mère depuis que nous avons quitté notre appartement) et nous les envoyons par transporteurs via les Mureaux (il y en a aussi sur à Clichy).

Le jour J nous changeons la voiture. Nous n’avons gardé que ce qui était fragile, qui avait de la valeur ou dont nous aurions immédiatement besoin. Une valise de quelques vêtements, des couvertures et un peu de vaisselle. Nous ressemblons à de vrais bledards et nous n’en sommes pas peu fiers. Nous faisons nos adieux à ma mère en larmes et elle nous fait mille et une invocations pour la route.

Nous voilà partis…

 

 

À notre arrivée à Tarifa il n’y a personne, la traversée s’effectue rapidement et nous voilà enfin à Tanger…

Les douanes ne nous prennent pas la tête. Ils ouvrent juste un carton, de notre bazar. Tout ce qui est neuf est en dessous. Nous savons que nous avons le droit à UNE entrée avec des affaires neuves, mais par la suite c’est 20% de taxe sur des produits emballés, afin de faire profiter le pays évidemment. Mais on préfère ne pas tenter le diable. On nous demandera néanmoins si c’est pour une installation. On répond par l’affirmatif et on nous souhaite la bienvenue.

On sourit ravi. C’est sûr c’est pas la France!

Nous prenons possession de notre appartement sans même signer quoi que ce soit. Le gardien nous attendait. Nous signerons le lendemain, sans aucun problème administratif et en une heure. C’est notre premier étonnement. Nous avons tant entendu sur l’administration au Maroc. Pour l’électricité et l’eau idem. En moins d’une heure, c’est réglé. Nous emménageons dans notre appartement. Ici on fait dans le familial, plus de 100m2, rien à voir avec notre cage à poules de Paris de 35m2. C’est déstabilisant. On nous dit que le plus difficile sera de passer l’hiver ici. Nous sommes en octobre et il fait encore chaud. Le soleil toujours de sortie fait monter les températures à 20 degrés. Le matin elles ne descendent pas en dessous de 15. On se demande si cela durera tout l’hiver.

La seule galère qu’on aura sera d’installer internet. Depuis peu, les étrangers ne peuvent plus prendre d’abonnement, car beaucoup quittent le pays en laissant de grosses factures, après plusieurs semaines d’aller-retour chez Inwi et Maroc Télécom, Philippe pense a leur proposer de payer une année d’abonnement à l’avance pour les rassurer… ça marche.

Nous mettrons 3 mois à nous installer totalement, entre l’achat des meubles, la fabrication de certains que nous dessinerons nous même et les menus travaux.

 

 

Première année

 

Le défaut de cette ville, il fallait bien qu’il y en ait un : il n’y a pas de choix de meubles. Pour moi ancienne décoratrice, il n’y en a pas tout cour! Le Maroc à un savoir-faire artisanal hors du commun, mais quant il s’agit de faire dans le style occidental, on est de suite plongé dans du conforma bling bling. À Tanger du moins, il y a plus de choix à Casa et surtout Marrakech. Du coup on improvise, récup, chinage dans les puces locales, fabrication sur-mesure. Mais le pire reste les prix hallucinants, neufs ou d’occase. Faire ramener ces meubles reste la meilleure solution au final. Nous avions tout vendu et liquidé en lâchant notre appartement, vu qu’on entamait un long voyage. Mais nos affaires personnelles avec un transporteur (qui fait aux kg), nous est revenu au total 900 euros, alors qu’avec un transporteur perso en camion, le déplacement revient à 1500 euros. Quand on a des meubles, c’est plus avantageux. Si on compte en plus le rachat des meubles… Ikea, bien que je n’en sois pas fan, n’existait pas encore au Maroc à notre venue. La taxe pour l’importation de meubles neufs de 20% est énorme pour effectuer ses achats juste en face en Espagne. Mais certains le font quand même avec les frais de férie à 400 euros l’allez/retour.

Philippe commence ses recherches d’emploie, essaye de comprendre les codes et comment ça fonctionne pour lui dans son domaine.

Nous avons trouvé un super médecin généraliste qui me fait mon suivi de grossesse. Sur les conseils de nos amies, nous décidons d’accoucher en France. Les histoires d’antécédents avec le service hospitalier des uns et des autres ont eu raison de ma super motivation à accoucher ici. Je le regretterais, car je rencontrerais plusieurs femmes, qui auront accouché au final au Maroc, et qui me diront totalement l’inverse. MRE, expat, marocaine.

Au bout de 3 mois, nous voilà rentrés en France. Et au bout de deux mois, le temps de faire les papiers à mon petit ange et nous voilà de retour chez nous. Tanger m’a manqué.

Ici c’est une autre ambiance (en France il y avait eu les attentats de Charlie hebdo), autre climat : soleil, ciel bleu et sourire des Marocains comme accueil. Nous mettrons beaucoup de temps pour trouver un rythme de croisière. Mais cette fois-ci c’est bon, nous là pour un bon bout de temps.

J’intègre un atelier d’artistes, donne quelques cours en plus de commencer à bosser sur « Muslim On The Road » et « Serial Bled’art » (ma marque d’objets déco et vêtements). Je bosse énormément en plus d’avoir le bébé.

Quant à Philippe, la différence de pays et culture dans nos métiers respectifs se fait sentir. Pour moi c’est plus simple, pour lui plus compliqué, alors que c’était l’inverse en France. Il décroche par-ci par-là des missions, mais rien de bien concluant.

Philippe n’aime pas du tout réseauter, son tempérament n’est pas à l’aise avec ce genre de pratique ou le lien social est indispensable. Du coup ça le pénalise un peu.

À Tanger encore plus qu’ailleurs et dans son domaine c’est obligatoire.

Cela est encore plus important dans une ville où nous ne connaissons personne. Connaître les différents milieux, les leaders dans nos domaines, créer des contacts, que les gens apprennent que nous existons, surtout si l’on veut créer une entreprise, que nous sommes là. Agir bénévolement dans diverse assoc, ou groupe comme les expats peut s’avérer utile, mais ça reste extrême dégelas faut le savoir aussi.

Nous le comprendrons plus tard, mais Tanger est vraiment une région encore assez sauvage, ou le régionalisme est assez exacerbé. Dur de pénétrer certains domaines et de se familiariser avec les Tangérois. Il y a des codes qui nous échappent.

 

Nous entamons notre premier ramadan dans l’euphorie, heureux de le vivre pour la première fois dans un pays musulman, puis notre premier été en étant résident. On regarde pour la première fois ces MRE (marocains résident à l’étranger) qui arrivent et foutent un peu le chaos dans la ville. C’est assez drôle d’être de l’autre côté.

Au bout de 3 mois d’affiler ici, Paris m’avait manqué, surtout notre mode de vie, nos habitudes, la ville, mais pas les Parisiens, pas la France. Et l’envie de reprendre la route se fait aussi sentir, mais impossible. Nous avons des priorités et entre autres faire entrer de l’argent.

 

 

Deuxième année

 

La fin de notre première année Philippe décroche enfin son premier contrat sérieux après avoir créer son entreprise et moi j’arrête l’atelier pour me consacrer à « Muslim On The Road » qui me prend tout mon temps, en même temps je suis la formation de nos amis et voisins les Amzil (WMA). On se rend compte qu’on bosse plus qu’en France, mais c’est le prix que nous sommes prêts à payer pour rester ici. Ce qui est un peu dur, c’est d’avoir un bébé en bas âge. Au bout de quelques mois, je finis par me résigner à mettre notre petite en crèche. Ici c’est payant : 120/200E par mois, mais elles sont pas mal et la mienne vraiment super, du coup ça me rassure.

Notre deuxième année je la passe avec une amie qui m’a rejoint pour tenter de voir si le Maroc peut lui convenir. Ça change tellement mon paysage de l’avoir à mes côtés. Notre second ramadan est plus familial. Le plus dur au files des mois c’est la solitude, le peu de vie sociale (car on travail beaucoup) et pas de famille. Aussi je me rends compte à quel point avoir des proches est quand même très important, ou se reconstituer une famille (fraternel) est indispensable.

Nous avons commencé vers janvier à déposer nos dossiers pour notre carte de résidence. Je dis bien commencé, car nous ferons faire pas mal d’aller-retour pour finalement changer notre process (demande de carte en tant que salarié et non entrepreneur à cause d’un problème de domiciliation). C’est au mois de juillet qu’ils sont officiellement déposés.

Les mois s’enchainent sans que nous ne voyions le temps passer.

 

Troisième année

 

Mais au bout d’une année mon amie part, résolu à quitter la France malgré sont retour afin de mieux se préparer, et là j’entame mon premier passage à vide. Trop de travail (burn-out) et une solitude qui pèse beaucoup. Mais je n’envisage absolument pas rentrer. J’aurais vécu la théorie de Black et Mendenhall sur le « U-curve adjustement« : 

 

Le boulot de Philippe est constitué de beaucoup de bas. Il travaille avec des Marocains (sous traitants) et avec l’administration pour les permis et autorisations. Le Bâtiment est un domaine ou les Tangérois cultivent l’entre soi et extrêmement corrompu. Du coup pour lui c’est encore pire.

On nous avait conseillé soit d’aller à Casa, soit de travailler avec la France, mais pas avec le Maroc et les marocains, ce qui nous éclaire et nous attriste en même temps. Du coup Philippe décroche des contrats/missions en France, avec des allés-retours.

Aujourd’hui cela fait presque 3 ans. Nous avons enfin notre résidence (au bout de 6 mois) et je n’ai aucun regret, malgré que ce ne soit pas facile tous les jours, et toujours aucune envie de rentrer. Je vais mieux, ma déprime est partie et je dirais même, je vais super bien. Lorsque je sors dehors que je vois le soleil, la mer, les mouettes et le sourire des Marocains, mon cœur papillonne comme au premier jour. Je suis si heureuse d’être ici.

 

 

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Hijra – Programme liste d’attente

 

 

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A propos de l'auteur

Sonia Meunier, 40 ans, co-fondatrice de « Muslim On The Road » et de la « Hijra des Meunier », artiste, vivant et travaillant à Tanger au Maroc.

 

 

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