Tabriz, Zanjān, Téhéran. L’Iran la découverte…

 

L’Iran est notre 2ème pays dans notre périple tour du monde.

L’Iran a bercé mon imaginaire, depuis mon adolescence. Cette fascination n’a cessé de grandir avec la découverte de poètes mystiques soufis comme Rumi, Attar, Omar Khayyam ou Khamsa, Plus j’en découvrais, plus j’étais envoûtée. Mon désir était de sillonner la route de la soie, à la recherche de mosquées perdues dans le néant de déserts rocailleux ou de steppes arides. J’étais enfin en Iran. Même si mon regard a évolué je voulais quand même découvrir les vestiges de cette civilisation commune et partir à la découverte de ce peuple dont aucune propagande n’aurait pu me détourner. Et je n’ai pas été déçue.

 

Tabriz

Nous ratons notre vol de dix heures (oui oui c’est possible) et nous finissons par racheter un billet pour Tabriz, au nord, à 350 dollars à deux, contre 800 pour Téhéran. Nous décollons à 3h40 du matin et nous arrivons enfin à Tabriz, excité et heureux.

Arrivés à l’aéroport nous changeons l’argent que nous avions retiré avant notre arrivée, car il n’y a pas de distributeurs pour les Visas et MasterCard. L’Iran a son propre système de monnaie et de banques, et boycotte les systèmes étrangers. Il n’y a pas de pièce de monnaie, juste des billets, et 10 euros ça fait 340 000 Rial.

On aperçoit notre bus qui s’en va, on lui court après. Le chauffeur ne parle pas anglais, et on ne sait pas trop s’il a compris ce qu’on lui a dit. Néanmoins nous arrivons à destination, et refuse que l’on paie. Nous apercevons pour la première fois la gentillesse des Iraniens et ce ne sera que le début. Les gens nous regardent tous curieusement, mais à trois reprises on nous souhaite la bienvenue! C’est vrai que nous ne sommes pas très discrets avec nos sacs à dos, Philippe avec son mètre 96, et moi avec mon gilet rose.

Nous partons alors à la recherche d’un hôtel, car nous n’avons rien réservé, en général on réserve au moins la première nuit. La ville me donne des impressions d’Algérie mélangée à un Far West version iranien, avec des vestiges de l’ex-URSS. On sent l’effet de l’embargo. On tourne en rond, en fait on ne sait pas où on va. Seulement là, j’ai 15 kg sur le dos, 5kg devant et seulement deux heures de sommeil dans les dents, alors je ne suis pas d’humeur à faire une balade bucolique aussi exotique et extraordinaire soit-elle. Mr Meunier sort la tablette pour vérifier où se trouve la rue des hôtels, sur le Lonely Planet que l’on a téléchargé et pendant que moi je demande mon chemin aux gens. Au bout de deux visites d’hôtels miteux, et trop chers, on finit au bout d’une heure par trouver enfin un hôtel convenable. Je n’en pouvais plus. 15kg je confirme : c’est trop lourd. On enchaîne 16 heures de sommeil.

 

Découverte de la ville

Tabriz, nous ne la découvrons que le lendemain. 1 million 300 000 habitants, 1 351 m d’altitude. Soit une ville plus grande que Marseille. Nous partons à la découverte de notre première ville iranienne, de son Bazar et de la mosquée bleue, construite en 1465 par une dynastie turkmène. Puis nous nous laisserons perdre au gré des rues. Nous partons à la rechercher d’un coffee shop, mais wallou. Il y a surtout des bars à jus et des boulangeries, mais tout ceci est parfaitement sectionné, ils ne mélangent pas les disciplines. Ma recherche de café se transformera en quête, car il n’y en a quasiment pas ici. Je regarde partout, à l’affut, curieuse de l’architecture, mais aussi des habitudes des Iraniens et, surtout, fascinée par les femmes et leurs fameux tchadors. Je les dévore des yeux.

 

Mon regard est lourd, mais je ne cesse de sourire pour signifier ma curiosité et non mon voyeurisme. Je mitraille les rues, les façades, l’ancien souk et les mosquées de photos. Mais j’ai un défi, celui de photographier les gens. Va-t-on se mettre à hurler, me montrant du doigt et m’accusant de prendre des photos ? Ne risquais-je pas de me faire arrêter dans les minutes qui suivent et me retrouver dans des geôles où je risque de me faire violer ? (Phobie de Philippe). Puis des gens se retrouvent parfois dans mon champ de vision et ils ont l’air de s’en moquer royalement, je prends confiance. Mais je ruse pour les femmes, je vole des clichés. Quand certaines me chopent, elles tournent la tête, ou remontent leurs voiles jusqu’aux yeux ou rient de m’avoir démasqué. Ça devient un jeu. La beauté des femmes iraniennes n’est pas une légende. On aperçoit aussi bien des visages de types mongols, que Turcs, Arméniens, ou Arabes. C’est fascinant.

 

Nous partons à la recherche d’une mosquée et je fais connaissance d’une jeune fille qui me montre l’entrée.

À l’intérieur il y a un discours strident dispensé par des hauts parleurs et je vois des femmes assises tout le long de la salle sur des chaises. J’ai un doute…serait-ce un décès ? Toutes les femmes sont en tchador noir, et moi je rentre en jean et gilet rose…Je fais profil bas. Je me dis que quand elles vont me voir prier, elles vont sans doute ne pas être contentes. Lorsque je finis, je les vois me regarder avec insistance, mais sans aucune animosité. On m’offre du thé, je n’ose décliner. C’est une expérience cocasse. Là entre une femme, c’est alors que certaines se mettent à pleurer à gros sanglots. Ma première impression était donc la bonne. Je suis de suite émue. On me désigne la famille concernée et, ne sachant que faire, je les embrasse et me mets à pleurer avec elles. Elles comprennent en me tapotant le bras en le caressant amicalement. Parfois les mots ne sont pas nécessaires. Je ressors émue et retrouve la jeune fille qui m’attendait. Cette animosité entre Chiite et sunnite serait-elle surfaite?

 

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Invité dans une famille iranienne

Elle veut que je la suive. Je ne comprends pas trop, mais je le fais. Elle m’emmène dans un sous-sol où se déroule une rencontre beauté entre femmes. Je suis complètement déboussolée de passer en l’espace de quelques minutes d’un monde à un autre. Les femmes de tous âges discutent en mangeant au son d’une musique pop iranienne, les cheveux à l’air. Quand on ressort je lui propose de venir boire un verre avec nous. Elle me propose plutôt de venir manger chez sa famille. J’accepte immédiatement. Elle semble s’étonner et je me demande si ce n’était pas juste par politesse sa proposition. Je suis si contente, que je saisis l’occasion sans scrupule !

Ce soir là on découvre une famille d’une gentillesse incroyable qui ont préparé pour nous des plats traditionnels, qui accepte de nous parler à cœur ouvert de l’Iran, de sa politique, de sa religion, et nous pose des tas de questions sur nous et sur le pays d’où nous venons. Ce que je retiens de cette soirée, c’est la douleur d’un peuple opprimé, mais d’une générosité et d’une chaleur incroyable, curieux de tout ce qui les entoure et pas du tout dupe des stratégies des dirigeants de leur pays. Je comprends les difficultés qu’ils peuvent rencontrer, ne pouvant ni choisir leur religion, ni exprimer leurs opinions politiques, ni avoir accès au monde extérieur. Le grand frère est athée, et Sirine et ses parents sont musulmans chiites, la petite sœur se sent musulmane, mais ne pratique pas. Elle ne veut pas porter le voile et trouve des moyens subtils pour contourner l’interdiction. Je ne peux juger leur façon de vivre, n’étant pas née ici, et étant quoi qu’il en soit libre de mes choix.

Je ne peux comprendre qu’on oblige des femmes à porter le voile, pas plus que je ne supporte son interdiction en France. Je ne comprends pas non plus qu’on force les gens à adopter une religion, quelle qu’elle soit. Où est le libre arbitre que Dieu nous a donné? J’ai sous mes yeux l’image de l’Iran. Des opinions diverses au sein d’une même famille qui représente bien le visage de ce pays aujourd’hui. Je suis impressionnée par la tolérance des parents. Nous avons tant de choses en commun…nous ne sommes pas si éloignés, au final, nous aspirons tous à la même chose : le bonheur. Nous repartons émus à la recherche d’un coffee shop, dont Sirine me jure l’existence en riant. Ce soir-là, nous n’en trouverons pas, mais nous avons trouvé des amis, des frères et soeurs, qu’un simple regard a unis. Nous nous dirigeons vers Zanjan puis Téhéran…

 

Zanjan

Le lendemain nous partons en direction de Zanjān, une petite ville avec quelques belles mosquées, pour continuer notre descente vers Qasvin puis Téhéran. À Qasvin nous voulions aller voir la forteresse de la dynastie des Assassins : Alamout. Franchement, ils n’ont rien pour eux ces Iraniens ! Nous laissons tomber l’excursion en cour de route, car trop chère et compliquée pour s’y rendre, mais surtout pas grand-chose à voir aujourd’hui, parait-il, si ce n’est des ruines. Durant le trajet défilent des paysages somptueux, on se croirait presque en Ouzbékistan ou en Mongolie. Les bus sont très propres et modernes. J’ai eu la même surprise qu’au Mexique. Nous partons avec la compagnie OMS mais VIP, une des meilleurs: clim, télé et goûter offert durant le voyage pour environ 15 euros. On continue à nous regarder partout où l’on va, suscitant de l’intérêt.

Nous restons deux à trois jours à chaque fois pour avoir le temps de nous reposer, car dans ces petits villages, on a vite fait le tour. On se balade, flâne, dort tranquillement. On n’hésite pas à négocier le prix des chambres. Je remarque une chose étrange depuis notre arrivée. J’observe que beaucoup de personnes, surtout des femmes, ont un pansement sur le nez. Je confie à Philou que je suis sûr qu’il s’agit de chirurgie esthétique. À Téhéran j’aurais enfin la confirmation de ce phénomène en vogue.

 

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Téhéran

Nous arrivons enfin à Téhéran. Située au nord du pays, au pied des monts Alborz, toujours en altitude, on voit les montagnes qui dominent la ville, et c’est superbe. Téhéran a vu sa population multipliée par quarante depuis qu’elle est devenue la capitale, soit 8 millions d’habitants environ, et ça se ressent. On nous regarde avec une telle insistance dans le métro que pour la première fois nous nous sentons un peu gênés. Imaginez tout un quai bondé aux heures de pointe à Paris qui vous regarde comme un seul homme.

Arrivés à notre arrêt de métro nous sommes perdus encore une fois, quand j’ose directe demander à quelqu’un notre adresse. Un vieux monsieur nous demande de le suivre, nous dit qu’on n’a pas à s’inquiéter, qu’il va nous aider. On prend le bus, qu’il a payé sans qu’on le voie, et nous accompagne jusqu’au pied de notre hôtel. Nous sommes gênés et ne cessons de remercier notre secoureur. Il nous dit dans un très bon anglais que nous sommes ses hôtes, et que c’est normal. Comment oublier la gentillesse et la générosité des Iraniens ?

Nous visitons le centre-ville, où nous sommes choqués par la circulation infernale. Téhéran, c’est Paris fois dix. In-su-ppor-table ! Entre sa circulation, le bruit des moteurs, les klaxons, la pollution automobile, la foule dans les transports, on se sent vite oppressé. La pollution est une vraie calamité dans le pays. Que l’on soit dans une grande ville ou une petite ville, l’air y est irrespirable. On a même vu des Iraniens se balader avec des masques. Téhéran n’a rien de spécifique, mais on tenait absolument à voir la capitale.

 

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Ce qui m’a également surprise, c’est la modernité de son métro et les similitudes de la vie parisienne : mendicité dans les wagons, SDF et heure de pointe. Mais les différences sont encore plus étonnantes. Les hommes et les femmes sont séparés, comme dans les bus urbains d’ailleurs. On trouve des wagons pour femmes en début et fin de rames, avec entre les deux, des wagons mixtes pour les couples. Pour avoir été dans un wagon mixte aux heures de pointe, je comprends et je dirais même: j’approuve. Les femmes, que ce soit dans les bus ou le métro, ont en générale plus de place et sont donc avantagées par ce procédé, ça évite aux nanas d’être collés aux mecs. On trouve également des personnes qui vendent divers produits dans les wagons, du mouchoir aux vêtements, c’est trop drôle.

Une amie nous a mis en contact avec un artiste militant: Mohamed Eskandari. Nous partons le rejoindre dans son atelier dans le nord de la ville. Le nord et le sud sont vraiment différents. Le nord est beaucoup plus chic, moderne et moins bruyant. On y voit des vitrines de Nike store, Apple ou Benetton entre autres. Le boycotte des marques occidentales et plus spécifiquement américaines est un mythe aujourd’hui apparemment. Nous avons vu des marques comme Coca Cola, Pepsi, Marlboro, LG et biens d’autres un peu partout.

 

Nous arrivons donc chez notre ami, où nous sommes accueillis chaleureusement. Nous visitons son atelier en échangeant avide mutuellement d’informations. Nous rencontrons d’autres personnes : la jeunesse bourgeoise iranienne, rebelle à l’ordre établi et hallucinée par nos choix de vie. Nous sommes alors entré dans des débats religieux et politiques assez houleux, mais pas agressifs. Nous parlons enfin à cet Iran dissident. S’ils sont conscients que l’occident est de plus en plus raciste et que les USA sont la cause de leurs malheurs, ils n’en rêvent pas moins. Leur soif de liberté est plus grande que tout. Certains se revendiquent même Zoroastrien, en rejet total de l’islam et de tout ce que la civilisation arabe à pu apporter au pays. L’islam est pour eux un fait arabe et n’a rien à voir avec leur culture. Les faits historiques cités sont totalement erronés, avec des arguments anti-islam dignes de la propagande occidentale. Derrière ce rejet de l’islam se trouve une forme de racisme. Ils s’excuseront après de leur véhémence. On apprécie.

 

Nous retrouverons Mohamed le lendemain, pour découvrir la rétrospective que le musée d’art moderne de Téhéran consacre à son papa. Nous sommes touchés par la générosité de notre ami, qui ne nous laisse rien payer. Il fait preuve d’une douceur, d’une sincérité et d’un humour qui nous le rend attachant. C’est vraiment une superbe rencontre. Nous partons le lendemain pour Ispahan.

 

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