En Bref 

 

 

 

Superficie : 710 850, ou 446 5508 km2 (classé 40 ou 58e)

Population : 33 848 24212 hab. (classé 38e)

Capitale : Rabat

 

 

Langues 

Les langues officielles du Maroc sont le berbère et l’arabe classique qui se décline lui-même en plusieurs dialectes parlés selon les régions.  

L’arabe classique ou littéraire est la langue enseignée dans les écoles publiques et employée à l’écrit, dans les discours formels et les media. Elle n’est bien maîtrisée que par la population la plus éduquée.

Le dialecte arabe couramment parlé dans la rue et la vie quotidienne est la darija ou arabe marocain, langue maternelle des Marocains arabophones (environ 60 % de la population) et pratiquée également par les berbérophones dans leur grande majorité (bien que beaucoup d’hommes et de femmes, surtout en milieu rural, ne parlent que le berbère). La darija diffère peu des autres dialectes du Maghreb mais est incompréhensible pour les locuteurs du Machrek, contrairement à l’arabe littéraire qui sert alors de lingua franca.

Le Berbère. Environ 40 % de la population parle l’amazighe ou tamazight. La reconnaissance du tamazight est une revendication ancienne des mouvements berbères qui estiment les Berbères culturellement opprimés par la politique d’arabisation menée après l’indépendance. Le 17 octobre 2001 le roi Mohammed VI a créé l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM)278, régi par le dahir royal no 1-01-299 et qui a pour vocation de donner avis « sur les mesures de nature à sauvegarder et à promouvoir la langue et la culture amazighes dans toutes ses formes et expressions ».

Le 1er juillet 2011, la Constitution approuvée par référendum à plus de 98 %, fait de l’amazigh une langue officielle du Maroc, après l’arabe, et institue un Conseil national des langues et de la culture marocaine. Pour ce qui concerne le Maroc, les linguistes ont coutume de distinguer trois principaux parlers, le rifain au Nord, le tachelhit au Sud et le « tamazight du Maroc central » au centre du pays, en plus de dialectes parlés par un nombre plus restreint de locuteurs comme le chleuh de Figuig à l’est, le ghomari au nord et le sanhadji des Srayr dans le sud du Rif.

Français

Le français est la langue de l’économie, des études supérieures scientifiques et techniques, et la langue de travail de plusieurs ministères. Il est enseigné dans les écoles primaires, collèges et lycées, dans toutes les universités et dans les écoles supérieures.

L’enseignement dans les écoles publiques ayant été arabisé puis islamisé dans les années 1980, les familles issues de l’élite marocaine préfèrent scolariser leurs enfants dans le privé afin de leur donner une meilleure maîtrise du français et une meilleure ouverture sur le monde.

Selon une enquête publiée en 2010, le français est très largement maîtrisé au Maroc : 10 366 000 personnes sont considérées comme francophones (sachant le lire et l’écrire), soit 32 % de la population totale ou 39 % de la population âgée de 10 ans et plus. Le français est bien plus parlé en ville qu’en milieu rural.

Autres langues

L’espagnol reste pratiqué dans le nord du pays et dans le Sahara, du fait de l’ancienne présence espagnole.

L’apprentissage de l’anglais est de plus en plus privilégié par les jeunes Marocains, l’allemand et l’italien sont aussi très pratiqués dans le secteur touristique.

 

 

Politique 

Le Maroc a pour régime politique une monarchie constitutionnelle dont le souverain actuel est le roi Mohammed VI, de la dynastie alaouite, établie depuis 1666 et l’une des plus anciennes du monde contemporain.

Le Maroc est membre de l’Organisation des Nations unies, de la Ligue arabe, de l’Union du Grand Maghreb, de la Francophonie, de l’Organisation de la coopération islamique, du Groupe des 77, de l’Union pour la Méditerranée, et de la Communauté des États sahélo-sahariens.

Le Maroc depuis le 30 janvier 2017 fait partie de l’Union africaine. En 1987, le Maroc a tenté, sans succès, d’adhérer à la CEE, et s’est vu octroyer en 2008 un « statut avancé » auprès de l’UE. Le 15 mai 2009, il a rejoint le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe. En juin 2004, le Maroc est désigné en tant qu’allié majeur hors-OTAN (en) par les États-Unis.

Selon l’historien Bernard Lugan, c’est entre autres l’attrait des richesses provenant du commerce du Sud (Sahara) vers le Nord (l’Occident) qui va attirer les convoitises de diverses tribus avec pour ville carrefour Marrakech qui deviendra naturellement la capitale de diverses dynasties, en particulier celles venant du Sud (Almoravides, Almohades, Saadiens) ; toute l’histoire du Maroc (des Idrissides aux Alaouites) est ainsi marquée par le commerce des richesses du Sud vers le Nord. L’histoire du Maroc fut partiellement marquées par des liens commerciaux avec le Sahara.

Le Maroc est une monarchie constitutionnelle. Sa constitution est celle proposée par le roi Mohammed VI et votée par referendum en 2011, augmentant les pouvoirs du parlement bien que ceux-ci restent toujours limités sur certains points.

La première constitution a été promulguée par Hassan II en 1962. Elle avait été modifiée et enrichie en 1970, 1972, 1992 et 1996.

En effet, l’essentiel du pouvoir est concentré entre les mains du roi, monarque héréditaire. Actuellement, le pouvoir exécutif est exercé par le gouvernement sous la direction du roi. Le pouvoir législatif, bicaméral, est exercé par la chambre des représentants composée de 395 membres élus tous les cinq ans au suffrage universel, et la chambre des conseillers qui comprend entre 90 et 120 membres renouvelés par tiers tous les trois ans, ainsi que par le roi qui peut légiférer par décret.

La justice est le troisième pouvoir. Ce pouvoir en forte mutation depuis quelques années, grâce à la création de nouvelles juridictions spécialisées (tribunaux administratifs, tribunaux de commerce).

 

Organisations internationales et régionales

Le Maroc est membre fondateur de l’Organisation de l’unité africaine (OUA devenue Union africaine) mais s’en est retiré en 1984 pour protester contre l’admission de la « République arabe sahraouie démocratique » ; et du comité Al Qods dont la présidence est assurée par le roi marocain. L’organisation décide de réintégrer le Maroc le 30 janvier 2017.

À l’échelle régionale, le Maroc est également membre de l’Union du Maghreb arabe, qui réunit au sein d’une même entité régionale les pays du Maghreb tel qu’on le conçoit traditionnellement (Maroc, Algérie et Tunisie) ainsi que la Libye et la Mauritanie. Fondée à Marrakech en 1989, l’Union du Maghreb arabe a dû revoir au fil des années ses ambitions à la baisse au vu des dissensions persistantes qui existent entre les deux principales puissances régionales, à savoir le Royaume du Maroc et l’Algérie. Le siège actuel de l’organisation se trouve à Rabat.

Le Maroc est également membre de l’Union pour la Méditerranée fondée à Paris le 13 juillet 2008. Le royaume a en outre fait savoir dans un premier temps qu’il comptait abriter le siège de l’UPM. Rabat (ou Tanger pour certains) en donc en lice aux côtés de la Valette, Marseille, Barcelone et Tunis. Le Maroc fait aussi partie de différentes organisations internationales, dont la Banque africaine de développement, l’Organisation des Nations unies, l’Organisation internationale de la francophonie, l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation mondiale du commerce et entretient des liens étroits avec L’Organisation de coopération et de développement économiques et l’OTAN.

 

Rangs internationaux

L’indice de développement humain (IDH) du Maroc en 2008 (0,706, catégorie « moyen ») le classe à la 127e place, un classement que conteste le Maroc sous prétexte que le taux réel de pauvreté est de 9 % de la population au lieu de 28 % le chiffre sur lequel est basé cet indice. Il convient de rappeler à titre d’exemple que le classement de Cuba en terme d’IDH est 67e pour un pays où les salaires sont de 10€ par mois et où on ignore le pourcentage de pauvres retenus dans ce dernier pays par le PNUD l’institution émettrice de cet indice.

Standard & Poor’s (S&P) a revu à la hausse la cote financière du Maroc en haussant la note de sa dette de BB à BB+ en 2005, et depuis le 23 mars 2010, Standard & Poor’s a rehaussé la note du Maroc du crédit souverain de la dette à long terme en devises de « BB+ » à « BBB- » et de la dette en monnaie locale à long terme de « BBB » à « BBB+ » avec des perspectives stables. Attribuant ainsi au Maroc la note « Investment grade », alors que Fitch Ratings a attribué le 19 avril 2007 l’Investment grade au royaume du Maroc. Selon cette agence, la cote attribuée au Maroc reflète les progrès remarquables accomplis aussi bien sur le plan politique, économique que social au cours des dernières années, ce qui s’est traduit par des améliorations sensibles du niveau de vie.

Dans le contexte régional et conjoncturel plusieurs pays africains sont d’un écosystème économique tellement fragile qu’ils ne sont notés par aucun des trois cabinets de notation, cependant, la Coface permet d’avoir une estimation de risque concernant tous les pays du continent africain. Le 19 juin 2015 la Coface établit la notation A4/A4 à perspective stable concernant le Maroc, une notation à nouveau confirmée en janvier 2016. Sur la même période la Coface place sous surveillance négative les deux derniers pays du top 10 des économies africaines à avoir été noté A4 en risque pays avant de les rétrograder à B en janvier 2016 en pleine dégringolade du cours des matières premières.

 

 

Economie 

 

Énergies

Le Maroc produit un peu de pétrole et de gaz, ainsi que de l’électricité éolienne et hydraulique. 

Le Maroc produit un peu de pétrol et de gaz, mais dépend tout de même des importations.

Énergie électrique

Le Maroc consomme essentiellement du pétrole (importé en grande partie) ainsi que du charbon et du gaz pour son électricité.

Le Maroc est l’une des grandes économies africaines qui est parmi les plus dépendantes des importations d’énergie avec ses 95 % de sa consommation, la production de l’électricité n’échappe pas à cette règle. Conscient de ce handicap le royaume chérifien a été le seul pays africain à adopter un modèle MARKAL clair et intégré à son espace régional notamment les pays ibériques. Le modèle marocain consiste à diversifier son mix énergétique par étapes avec une ambition de 42 % d’énergies renouvelables en 2020, 52 % en 2030 et de l’énergie nucléaire au-delà de 2030. Longtemps le Maroc a bénéficié d’un bon ratio d’énergie propre grâce à la production de l’énergie hydraulique des barrages au siècle dernier, l’électrification rapide des zones rurales et l’augmentation de l’industrie ont créé une si forte demande sur l’énergie électrique qu’il a fallu satisfaire aussi rapidement et d’une façon peu onéreuse, le moyen le plus compétitif trouvé fut le charbon qui constituait 48 % à lui seul de la production nationale en 2010. La même année l’électricité hydraulique s’est rétrécie à 16 %, l’apparition de l’éolien assurait 3 % de la production, le reste étant assuré par les centrales à gaz et à pétrole.

De par sa position stratégique le Maroc joue un rôle primordial dans les plans d’interconnexions électriques il relie à ce jour le continent africain à l’Europe par deux câbles à haute tension sous le détroit de Gibraltar, à terme le Maroc projette de rajouter une troisième interconnexion avec l’Espagne et une nouvelle interconnexion de 1 000 Mw avec le Portugal. D’autre part, à long terme le Maroc ambitionne d’exporter son énergie électrique vers l’Afrique sub saharienne via la Mauritanie où l’ONE possède déjà des concessions dans plusieurs pays sur le continent. En effet, depuis la dernière décennie l’ONE investit en Mauritanie, au Sénégal, en Gambie, au Niger, en Libye, en Sierra Leone et au Tchad en participant à la construction des centrales et des réseaux, l’assistance technique et le transport. En 2006, l’ONE avait décroché des concessions de production de 7 MW à Nouadhibou en Mauritanie, ou encore une production de 15 MW à Freetown, en Sierra Leone cette politique de coopération régionale ferait du Maroc un carrefour énergétique entre l’Europe, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

Énergies renouvelables

En 2010 le taux d’énergies renouvelables produites au Maroc fut de 19 % avec 16 % d’énergie hydraulique et 3 % d’énergie éolienne. Le Maroc ambitionne d’atteindre un taux de 42 % d’électricité écologique d’ici 2020 grâce à l’énergie solaire, hydroélectrique et éolienne. Les barrages marocains assurent une réserve de 17 milliards de mètres cubes d’eau et une bonne partie d’électricité verte. En plus de l’énergie photovoltaïque, le Maroc expérimente un projet de grande envergure afin de produire de l’électricité thermo-solaire dans le Sahara, les hautes températures dans cette région rendant plus rentable cette technologie comparée au photovoltaïque.

 

Industries

Pendant longtemps l’économie du Maroc était basée principalement sur l’agriculture et la pêche maritime, ceci fut le cas notamment au siècle dernier quand les populations rurales dépassaient la moitié de la démographie du pays. L’industrie marocaine contribuait à 16 % du PIB et employait 12 % de la population active, l’industrie lourde fut relativement négligée aux dépens des activités pressentie nécessaires à l’autosuffisance alimentaire et vestimentaire, cela a eu comme conséquence de développer l’industrie textile et agroalimentaire pour la consommation locale et à l’export : jusqu’à 2002 presque trois quarts des exportations marocaines de produits manufacturés étaient constituée d’articles de cuire, textile et d’aliments transformés. En 2005 le ministère de l’industrie marocain a engagé le cabinet McKinsey afin d’élaborer une étude sur les modalités de stimulation de l’industrie, l’étude est intégrée dans un programme d’ensemble baptisé Plan National Emergence I (PNE I) ayant comme objectif de créer 250 000 emplois. Ce dernier programme était loin de réaliser les objectifs escomptés.

En 2009 un nouveau programme Plan National Emergence II (PNE II) est mis en place avec des objectifs clairs et des secteurs bien définis et baptisés « les métiers mondiaux du Maroc » que seront :

  1. Offshoring : Positionnement sur le nearshore francophone et hispanophone – Ambitions : + 100 000 emplois – + 15 Mds DH en VA ;
  2. Automobile : Création d’une base industrielle autour d’un tissu d’équipementiers – Ambitions : + 70-80 000 emplois – +10 Mds DH en VA ;
  3. Électronique : Focalisation sur l’électronique de spécialité et intégré – Ambitions : + 10 000 emplois – +5 Mds DH en VA ;
  4. Halieutique : Valorisation industrielle et commerciale des pélagiques et développement des produits congelés – Ambitions : 35 000 emplois – + 3 Mds DH en VA ;
  5. Aéronautique : Offre intégrée – Ambitions : + 10 000 emplois – +3 Mds DH en VA ;
  6. Textile et cuir : Repositionnement sur le fast fashion et co-traitance – Ambitions : 50 000 emplois – + 5 Mds DH en VA ;
  7. Agroalimentaire : Développement de 8 à 10 filières à fort potentiel autour de projets intégrés – Ambitions : 6 000 emplois – + 5 Mds DH en VA.

Ainsi, ces sept secteurs considérés comme stratégiques et porteurs ont été ciblés. Orientés vers l’export, ces moteurs de croissance ambitionnent de représenter 70 % de la croissance industrielle au Maroc à partir de 2015, doper la croissance annuelle du PIB de 1,6 % (soit 90 Mds DH additionnels) et créer 400 000 emplois. Afin de parer au manque de résultats réalisés par le premier programme Emergence I, plusieurs mesures ont été prises dont :

  • La mise à niveau des infrastructures de transport par la création de zones et plateformes industrielles dédiées ;
  • un cadre fiscal attrayant pour les investissements industriels ;
  • un programme de formation intégré, spécialement conçus pour accélérer le développement de ces branches.

L’analyse globale des sept dernières filières motrices à l’export permet de relater la fragilité du secteur textile face à la concurrence asiatique, cependant, l’offshoring, l’aéronautique et l’industrie automobile ont relativement bien progressé. L’offshoring a permis au Maroc de jouer la carte linguistique et la proximité en fuseau horaire par rapport aux principaux marchés émetteurs, cette forme de nearshoring a même poussé quelques professionnels de pays concurrents comme l’Inde et l’Égypte à installer leurs antennes au Maroc.

Concernant l’aéronautique et l’automobile ces deux secteurs ont largement évolué au Maroc passant d’à peine quelques rares sociétés opérant dans chacun de ces deux domaines à 150 équipementiers automobiles et 120 autres groupes opérant dans l’aéronautique installés au Maroc à fin 2015 dont les derniers implantés sont Hexcel, Stélia, Bombardier et autre Latécoère. Sans compter la valeur produite pour le marché interne, en 2015 le secteur automobile a généré 68,50 milliards de dirhams en croissance de 20 % par rapport à 2014 comprenant 48,60 milliards de dirhams en voitures et composants automobile destinés aux usines européennes et 19,90 milliards de câblage. Le secteur aéronautique a exporté environ 15 milliards de dirhams (7,20 Milliards en pièces et 7,70 milliards en électronique).

En 2014 une nouvelle feuille de route baptisée « Plan d’accélération industrielle 2014-2020 » est mise en place pour dynamiser l’industrie, un budget de 20 milliards de dirhams est réservé pour mener à bien ce projet qui vise à accueillir une centaine d’équipementiers aéronautiques supplémentaires et plusieurs usines automobiles afin de doubler les capacités de productions actuelles qui sont de 400 000 voitures.

 

Pêche et pisciculture

Doté d’une double façade maritime, atlantique et méditerranéenne, le Maroc dispose d’une zone de pêche exclusive de 3.500 km de côtes riches et variées tant par leur biodiversité que par la spécificité de leurs écosystèmes. Les côtes marocaines, constituées d’une zone économique exclusive de plus d’un million de km² sont réputées parmi les plus poissonneuses au monde, selon la FAO le Maroc occupe le rang de 1er producteur de poissons en Afrique et 18e à l’échelle mondiale. En 2014, le secteur de la pêche maritime a généré 8 Milliards de dirhams soit environ 2 % du PIB national. En termes d’emplois, la filière pêche crée plus de 170.000 emplois directs, soit 1,5 % de la population active, et près de 500 000 emplois indirects. En 2009 le Maroc a lancé un programme baptisé Halieutis visant à créer 115 000 nouveaux emplois dans le secteur et à générer 3 milliards de dollars à l’export.

Agriculture

Depuis son indépendance, le Maroc a déployé d’importants efforts pour le développement agricole, aussi bien des zones irriguées par la mobilisation des ressources hydrauliques et l’aménagement de grands périmètres irrigués, que des zones bour par des opérations de grande envergure, des mesures d’incitation, d’encadrement et de soutien des prix; en plus de la formation des cadres, composante essentielle à la conception et la mise en œuvre des programmes de développement. En dépit des moyens humains et financiers mis en œuvre, les projets et programmes de développement retenus n’ont pas toujours réalisé les objectifs escomptés aussi bien en matière de sécurité alimentaire qu’en matière d’amélioration des conditions de vie et de production des exploitants agricoles.

Le secteur de la culture maraîchère, largement dominé par des petits agriculteurs, a moins souffert de variations cycliques de productions grâce à l’irrigation et à la persévérance des propriétaires locaux, en revanche quelques domaines agricoles ont été gérés d’une manière désastreuse par des compagnies publiques sous forme de grandes kolkhozes d’une gouvernance qui laisse à désirer. Les compagnies publiques SODEA et SOGETA sont deux exemples de cette mauvaise gestion, ces deux dernières ont provoqué un retard criant de leurs domaines respectifs en laissant derrière elles une ardoise monstre prouvant encore une fois de plus l’incompétence du capitalisme d’État dans ce secteur économique précis qui nécessite beaucoup d’attention et beaucoup d’innovation. Cependant, les employés se sont toujours opposés à la privatisation de ces deux entreprises, Il a fallu attendre le début des années 2000 pour commencer la privatisation de ces deux compagnies agricoles.

En 2008 le plan « Maroc Vert » est lancé afin de dynamiser l’agriculture marocaine, doté d’un budget de 174 milliards de dirhams (16,1 milliards d’euros), le Plan Maroc Vert entend moderniser le secteur et le rendre plus concurrentiel à l’échelle internationale, tout en proposant des aides ciblées aux petits exploitants pour une croissance plus inclusive dans les zones rurales. Ce plan devrait permettre la création de quelque 1,15 million d’emplois dans le secteur d’ici 2020 et multiplier par trois les revenus de 3 millions de ruraux. Le secteur agricole, conforté par une valeur ajoutée qui a augmenté de 50 % depuis 2008, connait une progression soutenue comme en témoignent les indicateurs qui affichent une croissance des exportations agricoles de 34 %. La valeur ajoutée agricole a augmenté de 70 MMDH en 2008 à 105 milliards de DH en 2014, ce qui montre qu’elle progresse plus rapidement que celle du reste de l’économie. Ces chiffres signifient que le revenu/tête a progressé de 48 % dans le monde rural depuis 2008. La hausse des exportations agricoles a été accompagnée d’une intensification des investissements dans l’économie agricole, en progression de 170 % entre 2008 et 2014, et cela particulièrement en amont. La part des investissements destinés à l’amont de la filière a permis de renforcer les systèmes de production contre l’aléa climatique.

En outre, Selon une étude bilan de l’Oxford Business Group (OBG), le secteur agricole marocain a enregistré une année exceptionnelle en 2015, avec une récolte céréalière qui a atteint des sommets, s’élevant à 11 millions de tonnes sur l’ensemble de l’année qui s’est écoulée. D’après les experts du cabinet d’étude britannique, le secteur agricole contribue à hauteur d’environ 15 à 20 % au PIB de l’économie marocaine et fournit des emplois directs à plus de 4 millions de personnes. À l’international, depuis 2008 et selon les précipitations les importations agricoles marocaines représentent entre 14 et 24 % des importations globales, quant aux exportations agricoles, elles représentent entre 15 et 21 % du total des exportations.

 

 

 

Géographie 

Le Maroc fait partie des pays avec la plus grande côte donnant sur l’océan Atlantique. Sa situation offre une grande diversité de paysages. Sa longue côte atlantique se termine au-delà du détroit de Gibraltar sur la Méditerranée. Au sud du Maroc se trouve le territoire contesté Sahara occidental, revendiqué et contrôlé en grande partie par le Maroc.

La capitale administrative est Rabat. Parmi les grandes villes remarquables on trouve Casablanca, Agadir, Fès, Marrakech, Meknès, Tétouan, Tanger, Oujda, Ouarzazate et Laâyoune (au Sahara occidental).

Le Maroc est un pays méditerranéen par excellence, la fameuse botaniste Française Louis Emberger en parle dans la citation suivante: « Réunissant sur son territoire toutes les formes du climat méditerranéen, le Maroc peut être considéré comme le type phylogéographique méditerranéen au sens systématique du mot. La végétation des autres pays groupés autour de la Méditerranée pourra être examinée et appréciée en fonction de celle de l’Empire Chérifien. Le Maroc, est, à lui seul, une synthèse méditerranéenne. » Louis Emberger (1934)

 

Montagnes

Les montagnes occupent plus des deux tiers du territoire marocain et atteignent des hauteurs non négligeables. Plusieurs sommets franchissent la barre des 4 000 m. Le djebel Toubkal, le plus haut sommet du pays, culmine à 4 167 m. Le Maroc renferme quatre principales chaînes de montagnes, et c’est le seul pays du Maghreb à disposer d’une immense chaîne de montagne l’Atlas.

D’abord au nord du pays, les montagnes ou djebel du Rif bordent la Méditerranée. Le plus haut sommet du Rif atteint 2 456 m et il a pour nom djebel Tidirhine. Le Rif propose des surfaces variées selon les altitudes de ses régions. En fait, à l’ouest, on retrouve surtout une végétation épineuse (des sapins, des pins et des cèdres). De l’autre côté, il y pousse des steppes arides et des maquis et encore plus à l’est, on y retrouve le chanvre, qui n’est cependant pas récolté. Plus loin des rivages méditerranéens et plus à l’intérieur du pays, il est possible de remarquer trois autres immenses chaînes : le Moyen Atlas, le Haut Atlas et l’Anti-Atlas, où nous retrouvons encore une fois une diversité des paysages.

Le Moyen Atlas, qui est le « château d’eau » du Maroc est séparé du Rif par les plaines arides de l’est et fertiles de l’ouest. Les deux chaines sont séparées par la fameuse trouée de Taza. Le Moyen Atlas se compose de deux parties aux paysages très différents. À l’est, on retrouve les massifs escarpés avec des sommets à plus de 3 100 m comme les djebel Bou Naceur ou Bouiblane. Ces sommets connaissent des chutes de neiges importantes. Vers l’ouest, la chaine s’adoucit pour laisser place à des reliefs plus abordables et laissant place à quelques petits plateaux. La chaine du Moyen Atlas est bordée au sud par le Haut Atlas

C’est dans le Haut Atlas, chaîne qui ceinture le pays d’est en ouest que le Toubkal culmine à près de 4 167 m.

 

Plaines

Ces plaines ont souvent de très grandes étendues, s’étirant des montagnes du Rif jusqu’au Moyen Atlas, le bassin de Sebou (36 000 km2) se compose de bas plateaux, de cours d’eau, quelques collines et des plaines fertiles qui permettent la culture de plusieurs aliments. Dans la plaine du Gharb, on trouve des champs de betteraves sucrières, de riz, de cannes à sucre et de tabac. Cette plaine se distingue des autres par la présence de la forêt de Maâmora où on fait l’exploitation de chênes-lièges et d’eucalyptus.

De vastes plaines apparaissent aussitôt qu’on dépasse le pays de Zaïr et le plateau des phosphates. On retrouve la Chaouia, Doukkala et plus à l’est au pied du Moyen Atlas Tadla. Plus au sud, on retrouve la plaine du Haouz dans la région de Marrakech et celle du Souss qui fait le triangle entre océan, Haut Atlas et Anti-Atlas.

D’autres plaines et vallées fertiles de moindre tailles sont localisées surtout au nord (Lukos, Nekkor, Trifa, Vallée des oueds Ouergha, Baht, Inaouen…).

 

Désert

Dans le sud du pays, l’Erg Chebbi, est la deuxième plus vaste étendue de pierres et de sable à l’intérieur du Maroc après l’Erg Chegaga. Certaines dunes peuvent atteindre 200 m de hauteur

 

Littoral

Le littoral marocain est diversifié par sa nature car composé à la fois de la mer Méditerranée au nord et de l’océan Atlantique à l’Ouest, comptabilisant un total de 2 390 km de côtes, le Maroc est le pays au plus grand littoral du continent africain, il comprend 500 km de côtes en Méditerranée et 1 890 km sur l’océan Atlantique. Les eaux marocaines sont réputées parmi les plus poissonneuses au monde.

 

Climat

Le climat marocain est à la fois méditerranéen et atlantique, avec une saison sèche et chaude doublée d’une saison froide et humide, la fin de la période chaude étant marquée par les pluies d’octobre.

La présence de la mer atténue les écarts de température, tempère les saisons et accroît l’humidité de l’air (400 à 1000 mm de pluies sur le littoral). Dans l’intérieur, le climat varie en fonction de l’altitude. Les étés sont chauds et secs, surtout lorsque souffle le sirocco brûlant ou le chergui, vent d ‘été venant du Sahara. À cette saison, les températures moyennes sont de 22 °C à 24 °C. Les hivers sont froids et pluvieux avec gel et neige. La température moyenne évolue alors de – 2 °C à 14 °C et peut descendre jusqu’à – 26 °C. Dans les régions montagneuses, les précipitations sont très importantes (plus de 2 000 mm de précipitations au Rif ou encore 1 800 mm au Moyen-Atlas). Le Maroc pré-saharien et saharien a un climat désertique sec.

Le climat au Maroc peut être divisé en sept sous-zones, déterminées par les différentes influences que subit le pays : influences océaniques, méditerranéennes, montagnardes, continentales et sahariennes.

 

 

Histoire

L’histoire du Maroc peut se résumer en 4 phases marquantes : De la préhistoire à l’antiquité, de la conquête arabo-musulmane aux différentes dynasties, le protectorat franco-espagnol et le Maroc indépendant.

 

 De la préhistoire à l’antiquité

Les premières traces d’une présence d’hominidés sur le territoire marocain datent d’environ 700 000 ans. De cette période dite acheuléenne, on a retrouvé un certain nombre d’outils, notamment dans la plaine de la Chaouïa et plus précisément à proximité immédiate de l’agglomération casablancaise.

Néanmoins cette période a surtout été marquée par de profonds bouleversements climatiques ayant entrainé une désertification sans précédent du territoire marocain ainsi que la raréfaction voire la disparition d’un grand nombre d’espèces animales et végétales. Cette dynamique a cependant été contrecarrée par le rempart naturel que constituent les chaînes de l’Atlas et du Rif, que ce soit au Maroc ou dans le reste du Maghreb.

L’arrivée d’ Homo sapiens au Maghreb avant l’Épipaléolithique a été démontrée puisque les industries atériennes ne sont pas l’œuvre de l’homme de Néandertal, dont l’aire de répartition est exclusivement eurasiatique, mais bel et bien d’Homo sapiens présentant des caractéristiques archaïques. Les plus anciens restes d’Homos sapiens au monde ont été découverts au Maroc à Djebel Irhoud en juin 2017 et datent de plus de 300000 ans.

Il y a environ 21 000 ans, la civilisation ibéromaurusienne voit le jour. Néanmoins, il n’est pas encore question d’agriculture. La grotte de Taforalt dans la région d’Oujda correspond au plus grand gisement de l’époque. Cette civilisation se maintient et se répand sur l’ensemble du Maghreb avant de se métisser progressivement vers le neuvième millénaire avant notre ère avec les populations capsiennes, ancêtres des Berbères modernes. Les premiers éléments découverts correspondant à cette période (Néolithique) datent d’environ 6 000 ans. Ceux-ci témoignent d’une sédentarisation déjà avancée ainsi que d’une maîtrise relative des techniques agricoles.

À partir des années -3000, se développe au Maroc la culture campaniforme. Dès lors, le Maroc entre dans l’âge du bronze et on assiste à la diffusion d’une céramique noire spécifique dont la présence est attestée dans un certain nombre de sépultures de la région rifaine. Au xie siècle av. J.-C., les hardis commerçants phéniciens, venus du Liban actuel, atteignent les côtes marocaines et notamment le littoral atlantique. Ils fondent de nombreux comptoirs qui serviront de bases à de nombreuses cités romaines puis arabes (dont les principaux furent Tingis et Lixus, actuelles Tanger et Larache), ainsi que Thymiatéria (Mehdia), Chellah, près de Rabat, Azama et Rusibis. Au passage, c’est à cette période déjà que l’on date les toutes premières installations de populations juives au Maroc. L’autonomie progressive de Carthage profite aux comptoirs fondés sur les côtes marocaines dans la mesure où ils seront davantage mis en valeur du fait de la proximité relative avec la nouvelle capitale africaine de la thalassocratie phénicienne originaire de Tyr. L’influence de la civilisation carthaginoise se fait grandement sentir auprès des populations indigènes, dont l’organisation se structure parallèlement. Ainsi, les tribus berbères se fédèrent progressivement, fondant des Etats comme le royaume de Maurétanie, d’abord confiné dans le nord-ouest de l’actuel Maroc, et dont les souverains portent le titre d’« aguellid », à l’instar des rois de Numidie. Le sud du pays est peuplé par les Gétules et l’est par les Numides. Les Maures sont les héritiers d’une culture très ancienne, atlanto-méditerranéenne, comme en témoigne le cromlech de M’zora qui peut être mis en relation avec les monuments mégalithiques comparables comme ceux de Ħaġar Qim à Malte et de Stonehenge en Grande-Bretagne.

Du fait du soutien apporté par la Maurétanie à l’Empire romain lors de la destruction de Carthage, il se nouera une étroite amitié entre les deux États (d’où l’éviction du roi numide Jugurtha, ennemi des Romains). Le roi Bocchusse voit même décerner le titre d’Ami de Rome par le Sénat romain et gagne l’estime du consul Caius Marius. Sous le règne de Juba II, la Maurétanie devient un royaume vassal, réputé pour ses exportations de pourpre, de bois de cèdre et de produits maritimes, assez riche pour produire sa propre monnaie d’or. Une brillante civilisation urbaine se développe, influencée à la fois par l’héritage carthaginois et par les courants artistiques provenant de la Grèce hellénistique et de l’Égypte alexandrine des Lagides. L’opulence de la Maurétanie attise toutefois les convoitises de Rome, ce dont Ptolémée, fils et successeur de Juba II, va tragiquement subir les conséquences.

Au cours d’un déplacement à Lyon en Gaule romaine, le dernier roi maurétanien est en effet assassiné sur ordre de l’empereur Caligula. La Maurétanie (42 ap. J.-C.) est annexée à l’Empire romain que l’on désigne dès lors sous le nom de Maurétanie Tingitane pour sa partie occidentale, décrétée officiellement province impériale par Claude Ier successeur de Caligula. Seule la partie nord du Maroc actuel est effectivement sous domination romaine, le reste du territoire étant contrôlé par des tribus indépendantes, notamment gétules. Les Romains fondent des colonies prospères à Volubilis (non loin de l’actuelle Meknès), ainsi qu’à Banasa et à Thamusida dans la plaine du Gharb. Néanmoins la capitale administrative demeure Tingis (future Tanger), siège du procurateur, le gouverneur de la province, de rang militaire et appartenant à l’ordre équestre (chevalier romain). Des crises internes à l’Empire auront progressivement raison de la Maurétanie Tingitane. À la fin du iiie siècle sous le règne de Dioclétien la province est réduite à la région de Tingis et de Ceuta, à Sala (actuelle Salé) et aux Îles Purpuraires de Mogador.

Au cours de la période romaine, les cités, colonies et municipes de droit romain ou latin, se dotent de monuments civiques et utilitaires (temples, forums, basiliques, arcs de triomphe, thermes, et même théâtre à Lixus) et de résidences privées ornées d’œuvres d’art (sculptures, mosaïques) qui appartiennent à l’élite maure romanisée

En 429, près de 80000 Vandales venus de Germanie traversent le détroit de Gibraltar et débarquent à Tingis, mais dans leur course vers Carthage et vers l’Afrique proconculaire, ces envahisseurs ne contrôlent que le littoral méditerranéen de la Maurétanie. Un siècle plus tard, les Byzantins commandés par le général Bélisaire, anéantissent le royaume vandale et s’emparent d’une partie de l’ancienne province de Tingitane, se heurtant toutefois aux Maures du roi Garmul, dont le pouvoir s’étend d’Altava jusqu’à Volubilis. Le gouvernement de Constantinople, sous Justinien Ier, crée dans le Nord marocain la province de Maurétanie Seconde, qui englobe les cités de Tanger, Ceuta, Lixus, ainsi que l’Espagne byzantine, et dépend directement de l’Exarchat de Carthage. Cette occupation byzantine, perpétuellement menacée par les Wisigoths d’Espagne et par les Maures, va cependant subsister jusqu’à la conquête musulmane du Maghreb au début du VIIIe siècle.

 

De la conquête arabo-musulmane aux différentes dynasties

En 649, débute la conquête du Maghreb par les troupes arabes. C’est 35 ans plus tard que ces troupes pénètrent véritablement dans le territoire marocain. Les tribus berbères installées aussi bien dans les contreforts montagneux de l’Atlas et du Rif que dans les fertiles plaines atlantiques soutiendront dans un premier temps les Byzantins installés sur les côtes méditerranéennes qu’ils préféreront aux Arabes notamment à cause d’erreurs diplomatiques. La destruction des installations byzantines aux alentours de l’an 700 aura finalement raison de la résistance berbère qui se convertira dès lors à l’islam apporté par les conquérants arabes.

Dès les débuts de la conquête musulmane du Maghreb, les Kharijites originellement basés en Irak envoient des représentants au Maghreb pour tenter de rallier les populations berbères. Les Berbères accoutumés au système de communauté égalitaire et supportant mal la domination arabe, finissent par trouver dans le kharijisme un redoutable moyen de contestation politique. En 739 Maysara, mandaté par les populations du Maghreb Al Aqsa, conduit à Damas une délégation auprès du calife Hicham pour présenter les doléances des Berbères : égalité dans le partage du butin et arrêt de la pratique qui consiste à éventrer les brebis pour obtenir la fourrure des fœtus (le mouton étant un élément essentiel de l’économie pastorale des tribus berbères)28.

Les plaintes parviennent au calife omeyyade qui ne donne pas suite, ce qui déclenche une insurrection à Tanger. Maysara s’empare de la ville, tue le gouverneur Omar Ibn Abdallah et se proclame calife. Puis Maysara, se conduisant comme un tyran, est déposé et tué par les siens, et remplacé par Khalid ibn Hamid al-Zanati. Sous son commandement, les Berbères sont victorieux d’une armée arabe sur les bords du Chelif, au début de 740.

Les troupes arabes ayant été battues, Hichām envoie des troupes de Syrie dirigées par le général Kulthum ibn Iyad. Elles sont battues par les Berbères sur les rive du Sebou en octobre 741. Le gouverneur égyptien Handhala Ibn Safwan intervient à son tour et arrête les deux armées kharidjites au cours de deux batailles à Al-Qarn et à El-Asnam(actuelle Algérie) alors qu’elles menaçaient Kairouan (actuelle Tunisie) (printemps 742). Quand survient la chute des Omeyyades de Syrie (750), l’ouest de l’Empire échappe totalement au pouvoir central damascène. L’Espagne revient aux émirs omeyyades de Cordoue et le Maghreb se morcelle en plusieurs petits États indépendants (de 745 à 755).

Puis l’histoire de la dynastie des Idrissides succédera mais se retrouve menacé par la puissante dynastie des Fatimides à l’est. Indiqués califes de Cordoue au début du 10e siècle, les Idrissides subiront également au nord la pression des Omeyyades. En 985, les Fatimides et leurs vassaux d’Algérie poussent les Idrissides à se réfugier en Andalousie.

 

Royaume des Berghouata (entre les 8e et 10e siècles)

Les Barghawata (ou encore Barghwata ou Berghouata) forment un émirat berbère, appartenant au groupe de l’ethnie des Masmoudas. Après que les kharijites ont échoué dans leur rébellion au Maroc contre les califes de Damas, ils établissent (744 – 1058) un royaume dans la région de Tamesna don l’état est basé sur une religion purement berbère, s’appuyant sur un livre saint inspiré du Coran, et dirigé par un gouvernement théocratique fixant les rituels d’un nouveau culte empruntant à la fois à l’islam, au judaïsme et aux antiques croyances locales. Ils régnèrent durant quatre siècles.

 

Royaume de Sijilmassa (758-1055)

Un émirat fondé par les Zénètes émerge dans la région du Tafilalet à partir de 758. Dirigé par la dynastie des Midrarides (dont le fondateur est Semgou Ibn Ouassoul), il prend pour capitale la cité de Sijilmassa. Ce royaume professe officiellement le kharidjisme de rite sufrite mais finit par reconnaître à partir de 883 la suprématie religieuse du califat sunnite des Abbassides. Les Midrarides se consacrent cependant à maintenir une alliance avec les autres États kharidjites, comme le royaume des Rostémides de Tahert, et à établir un fructueux commerce caravanier de l’or avec le royaume du Ghana. L’émirat de Sijilmassa atteint ainsi son apogée au ixe siècle grâce à son rôle de plaque tournante du trafic des métaux précieux, et sa renommée s’étend ainsi jusqu’aux pays méditerranéens et au Moyen-Orient. C’est précisément cette position de débouché de l’or africain qui excite les convoitises des Omeyyades et des Fatimides qui s’affrontent pour sa domination. Ce sont finalement les Almoravides qui s’emparent du royaume midraride en 1055. Par la suite, la fondation de Marrakech éclipse définitivement le prestige de Sijilmassa.

 

Dynastie idrisside (789-985)

L’histoire des Idrissides commence lorsqu’un prince arabe chiite de la famille d’Ali (quatrième calife de l’islam) et son affranchi Rachid Ben Morched El Koreichi se réfugient dans le Moyen Atlas. Fuyant la menace des Abbassides (qui avaient massacré des Alides et leurs partisans chiites lors de la bataille de Fakh près de la Mecque), ils séjournent en Égypte avant de s’installer à Walilah (Volubilis), sous la protection de la tribu berbère des Awarbas. Parvenant à rallier les tribus à sa cause, Idriss est investi Imam et fonde la ville de Fès en 789 sous le nom d’Idriss Ier. C’est le début de la dynastie des Idrissides.

Idris Ier est assassiné par un émissaire du calife abbasside Haroun al-Rachid, un certain Sulayman al Zindhi. Ne se doutant point que la femme d’Idris Ier (Kenza al-Awrabiya) est enceinte, le maître de Bagdad pense que la menace est vaincue. Onze années plus tard, Idriss II est proclamé Imam des croyants. Au fil des années son sens pour la politique s’affirme nettement et il réussit à fédérer un plus grand nombre de populations. Le royaume idrisside englobe ainsi toute la portion de territoire s’étendant de Tlemcen à l’est jusqu’au Souss au sud. Il semble que la dynastie idrisside, du moins à ses débuts, ait professé le chiisme et plus précisément le zaïdisme, réputé être le plus modéré des rites chiites.

 

Idriss II quitte l’antique cité romaine pour Fès, où il fonde le quartier des Kairouanais (également appelé Al-Alya) sur la rive gauche de l’oued Fès (Idris Ier s’était établi sur la rive droite, le quartier des Andalous). Les Kairouanais sont issus de familles arabes orientales et arabo-persanes (originaires du Khorassan) établies en Ifriqya depuis l’époque abbasside.

Le royaume idrisside connaît une importante phase d’urbanisation, illustrée par la création de villes nouvelles comme Salé, Wazzequr, Tamdoult et Basra, cette dernière inspirée de la Basra irakienne. Ces nouveaux centres sont des foyers de diffusion de culture arabe et des vecteurs d’islamisation en pays profondément berbère. La fondation de la mosquée Al Quaraouiyine en 859, qui abrite également une université homonyme, assure à Fès un rayonnement qui fera participer la cité idrisside à l’Âge d’or islamique des sciences, des arts et des lettres, aux côtés de métropoles aussi prestigieuses que Cordoue, Le Caire et Bagdad.

À cette même époque, les Vikings venus de la lointaine Scandinavie et menés par Hasting et le prince suédois Björn Ironside, attirés par les ressources potentielles de l’Afrique du Nord, se signalent par leurs incursions dévastatrices sur les côtes du Maroc (notamment dans les régions d’Asilah et de Nador). Les envahisseurs vikings seront nomé par le terme de Majus et relatera particulièrement leurs exactions contre le royaume des Banu Salih de Nekor dans le Rif.

En 985, les Idrissides perdent tout pouvoir politique au Maroc et sont massivement exilés en Al-Andalus. Installés à Malaga, ils récupèrent peu à peu leur puissance, au point d’engendrer une dynastie pendant l’époque des taïfas, les Hammudites. Ces derniers vont jusqu’à revendiquer la fonction califale à Cordoue en remplacement des Omeyyades déchus en 1016.

 

Ifrenides

Régnant sur la région de Tlemcen dès le xe siècle, les Ifrenides, ou Banou Ifren, occuperont presque la totalité du Maroc actuel aux côtés des Maghraouas, vassaux des Omeyyades de Cordoue, et ce jusqu’à l’arrivée des Hilaliens et des Almoravides. Au xie siècle, les Banou Ifren conquièrent le territoire des Berghwata. Ils restent maitres des régions qu’ils ont conquises et des villes qu’ils ont fondées et exerceront périodiquement le pouvoir à Fès. Vaincus par les Almoravides dès 1057, ils perdent tout pouvoir pendant le règne de ces derniers. Ce n’est qu’à la chute des Almoravides que les Ifrenides reprendront le contrôle de la région de Tlemcen, mais ils seront de nouveau vaincus par les Almohades et leur territoire conquis par ces derniers. Vers 1437, les Banou Ifren chasseront les Mérinides du Maghreb central et établiront de nouveau leur pouvoir à Tlemcen.

 

Dynastie almoravide (1059-1147)

Alors que le Maroc est en proie aux convoitises des entités politiques voisines ainsi qu’aux déchirements internes, trois grandes tribus berbères se partagent les régions sahariennes. Les Lemtouna, Massoufa et Goddala (ou Gadala, lointains descendants des antiques Gétules), tous trois membres de la confédération Sanhaja et islamisés deux siècles et demi plus tôt, guerroient et vagabondent régulièrement en direction du sud où ils menacent l’empire du Ghana et d’autres États soudano-sahéliens animistes. De la tribu Lemtouna, l’émir Yahya Ibn Ibrahim se rend vers 1035 accomplir le pèlerinage à La Mecque. Là-bas, il prend conscience de la nécessité de parfaire l’islam de ses congénères des régions de l’Adrar. En halte à Kairouan, il tente pour cela d’obtenir un appui logistique de la part d’éminences religieuses locales, mais sans résultat.

Ce sera dans la région de Taroudant qu’un dénommé Ou Agg ben Zellou lui indiqua l’existence d’un prédicateur dans le désert, un certain Abdallah Ibn Yasin originaire du Sud marocain. Yahya Ibn Ibrahim et Abdallah Ibn Yasin s’en retournèrent donc tous deux dans l’Adrar convertir les Djoudala (tribu des Lemtouna) au malékisme puritain. Si au départ leurs enseignements sont plutôt bien accueillis, leur austérité et leurs méthodes radicales (instruments de musique et habits de couleurs vives bannis) finirent par lasser. Yahya Ibn Ibrahim et Abdallah Ibn Yasin errèrent donc dans le désert et s’en allèrent donc fonder un ribat sur l’île de Tidra entre la baie du Lévrier et le cap Timiris. Là ils conceptualisèrent une véritable doctrine qui leur valut le nom d’Almoravides (de Al-murabitun, المرابطون), les gens du ribat.

Le climat d’exaltation mystique qui régnait au couvent militaire attira de nombreux fidèles de toutes les contrées du Sahara occidental et même au-delà.

Alors que dans la brillante Andalousie, les princes musulmans subissaient les premiers revers face aux chrétiens ligués autour de la personne d’Alphonse VI, les extraordinaires prouesses militaires Almoravides aux mœurs rigides résonnent comme une bénédiction. Al-Muttawakil de la Taifa de Badajoz fait appel à eux dès 1079. En 1082, c’est au tour d’Al Mutamid Ibn Abbad de solliciter les maîtres du Maghreb. En 1086, pour répondre à ces appels et pour enrayer la « décadence » de la civilisation d’Al-andalus (arts florissants, consommation de vin…), Youssef Ibn Tachfin fait embarquer de Ceuta la bagatelle de 7000 cavaliers et 12 000 fantassins. Rapidement, les rois des différentes taifas rallient les armées almoravides.

Les victoires s’enchainent et les armées d’Alphonse VI sont mises en déroutes non loin de Badajoz le 23 octobre 1086. Youssef Ibn Tachfin rentre au Maroc régler des affaires internes mais le désordre en Andalousie le pousse à revenir. Il est néanmoins poussé par les fakihs à revenir, du fait des difficultés lors du siège à Aledo et surtout des divisions entre taifas qu’il considérait personnellement comme une honte pour l’islam. En 1090, un concile almoravide à Algésiras déclara la guerre aux reyes de taifas accusés d’impiété. L’alliance de certains de ces derniers avec des princes chrétiens n’empêcha pourtant pas l’irrésistible avancée des Almoravides à Al-andalus, qui s’acheva en 1094 avec la prise de Badajoz et l’impitoyable mise à mort d’Al-Mutawakil et de sa famille. Les victoires s’enchainent encore face au Cid retranché à Valence.

En 1106, après la prise de Valence et alors que les Baléares sont occupées, Youssef Ibn Tachfin décède et son fils, Ali Ben Youssef hérite du trône et du titre d’Emir des Musulmans (les Almoravides considèrent le titre de calife réservé aux Abbassides, dont ils reconnaissent la prééminence religieuse). Fils d’une esclave chrétienne affranchie, il devient par la même occasion maître d’un empire s’étendant du Tage au fleuve Sénégal, du centre de l’Algérie jusqu’aux côtes atlantiques marocaines. À l’ouest, les armées almoravides poussent jusqu’à Porto, menaçant même les côtes galiciennes. À l’est, les Baléares servent de base logistique aux razzias menées contre Barcelone.

Cependant, les innombrables exploits militaires ne parviennent pas à pallier le mécontentement ambiant en Andalousie où le fragile équilibre entre chrétiens mozarabes, juifs et musulmans est quelque peu rompu par la rigueur religieuse imposée par les conquérants. L’autodafé des écrits du très populaire Al-Ghazali ne fait qu’amplifier le malaise des élites culturelles, nostalgiques de l’âge d’or du califat omeyyade. La sollicitation par l’armée divine des milices chrétiennes de Reverter pour maintenir l’ordre au Maroc même est mal comprise par les tribus montagnardes du Haut-Atlas, de jour en jour plus mécontentes de l’autoritarisme almoravide.

 

Dynastie almohade (1147-1248)

Mohammad Ibn Toumert est le futur Mahdi autoprocalmé du mouvement almohade ancien empire marocain et le fils d’un amghar, chef de village de la tribu des Harga, dans le Haut Atlas. Très précocement animé par un zèle religieux, il entreprit dès sa jeunesse de multiples voyages l’amenant à visiter Bagdad, Le Caire et peut-être même Damas où il découvre tout l’ampleur de la tradition musulmane, et notamment le soufisme. Rapidement, il entretient une profonde aversion pour l’étroitesse du malékisme régnant en maître en sa patrie. C’est en 1117 qu’il regagne le Maghreb, via Tripoli, puis Tunis et enfin Béjaïa où ses prêches pieuses galvanisent les foules. À Melalla, il se lie d’amitié avec le Zénète Abd El Moumen. C’est en compagnie de ce dernier qu’Ibn Toumert d’Almohades établit sa « capitale ».

Ses prêches rencontrent un écho considérable et il clame ouvertement son intention de liguer toutes les tribus insoumises des montagnes contre les Almoravides. Son aura grandissante suscite de jour en jour davantage d’inquiétudes de la part des Almoravides qui lancent contre lui en 1121 deux expéditions militaires successives.

Abd El Moumen succéda d’abord secrètement au fondateur de la secte et privilégia une politique d’alliance avec les tribus de l’Atlas. Pour ce faire, il joua non seulement de ses origines zénètes mais aussi de ce qui restait de cercles d’initiés qu’avait fondé son prédécesseur. Dès 1140, une intense campagne permet aux Almohades de s’attirer les faveurs des oasis du sud. Taza puis Tétouan sont les premières grandes cités à tomber. À la faveur du décès d’Ali Ben Youssef en 1143, il s’empare de Melilla et d’Al-Hoceima, faisant ainsi du nord du Maroc sa véritable base logistique. La mort du redoutable Reverter en 1145 suivie la même année de celle de Tachfin Ben Ali permet aux Almohades les prises respectives d’Oran, de Tlemcen, d’Oujda et de Guercif. S’ensuit ensuite le long et éprouvant siège de Fès qui durera neuf mois durant lesquels Abd El Moumen se charge personnellement de prendre Meknès, Salé et Sebta. La conquête du Maroc s’achèvera finalement en mars 1147 par la prise de Marrakech, capitale du désormais déchu empire almoravide et dont le dernier roi Ishaq Ben Ali sera ce jour-là impitoyablement tué. Pour fêter cette victoire, Abd El Moumen fit bâtir la très célèbre Koutoubia sur les ruines de l’ancien Dar El Hajar..

De manière assez inédite, les premiers efforts militaires d’Abd El Moumendésormais intronisé comme calife de l’Occident musulman (pour marquer son indépendance religieuse par rapport aux Abbassides d’Orient) se tournent vers l’est du Maghreb, sous le double péril des Normands de Sicile menés par Roger II (qui ont pris le contrôle de Djerba et Mahdia et menacent la prospère Bejaïa) et des tribus bédouines (Banu Hilal) envoyées depuis la Haute-Égypte par les souverains fatimides du Caire, furieux de voir Zirides et Hammadides échapper à leur contrôle. Les opérations lancées s’avèrent largement fructueuses puisque les bédouins sont complètement écrasés à Béjaïa puis Sétif en 1152. En 1159, une puissante armée terrestre est levée depuis Salé, secondée par une flotte de soixante-dix navires, obligeant les Normands à se retrancher sur Sfax et Tripoli. Ainsi l’Empire almohade s’étendait-il à la fin des années 1150 des rivages de l’océan Atlantique jusqu’au Golfe de Syrte, englobant toute l’Afrique musulmane à l’ouest de l’Égypte.

 

En Andalousie la fin de la période almoravide a permis la résurgence des reinos de taifas et un regain de vigueur des Chrétiens. En 1144 les Castillans s’emparent temporairement de Cordoue. À l’ouest, Lisbonne et Santarem sont prises par les Portugais. Almeria est également prise par les Aragonais pour une décennie entière. Dos au mur, les taifas se voient obligés de faire de nouvel appel aux maîtres du Maghreb. Ainsi, avant même la prise de Marrakech par les Almohades, Jerez et Cadix s’offrent à ces derniers. Dans le sillage de la prise de Marrakech, des corps expéditionnaires permettent la conquête de tout le sud de la péninsule (Grenade, Séville, Cordoue…) puis de Badajoz. En 1157, Almeria est reprise. Abd El Moumen décèdera finalement en 1163 à Salé. Son fils Abu Yaqub Yusuf lui succède, d’abord reconnu à Séville puis à Marrakech. Il s’efforcera jusqu’à son décès en 1184 de régner en véritable « despote éclairé », soucieux de desserrer l’étau d’orthodoxie religieuse pesant sur le Maghreb.

Sous cette dynastie, l’architecture en particulier atteint son apogée, se traduisant par la construction de la Giralda à Séville, fraîchement honorée du statut de capitale andalouse, ainsi que de la tour Hassan à Rabat (dont le minaret ne fut jamais achevé) et de la Koutoubia à Marrakech, toutes trois bâties sur un modèle sensiblement équivalent. Dans d’autres registres, le palais de l’Alhambra est érigé sur les hauteurs de Grenade et les Jardins de l’Agdal sont plantés à Marrakech qui se dote également d’une Casbah califale abritant les palais du souverain almohade (cf. l’article Art almoravide et almohade). C’est également sous les Almohades que vécut le brillant philosophe Averroès (de son vrai nom Ibn Rûshd ابن رشد) ainsi que Maïmonide qui ira néanmoins s’exiler au Caire afin de pouvoir pratiquer librement sa religion (il était de confession hébraïque).

Muhammad an-Nasir succède à son père en 1199. Le 16 juillet 1212, son armée de 125 000 hommes est mise en déroute par une coalition de près de 62 000 chrétiens venus de France, d’Aragon, de Catalogne, du Comté du Portugal, de León et de Castille. C’est la Bataille de Las Navas de Tolosa que l’histoire retiendra comme l’évènement charnière de la Reconquista. Dans le même temps, an-Nasir reçoit une étrange proposition d’allégeance de Jean sans Terre, alors en froid avec les souverains chrétiens du continent européen, de faire du lointain royaume d’Angleterre un vassal du califat almohade de Marrakech48.

L’autorité des Almohades sur leur empire sera durablement affaiblie par cette débâcle, au point que le Muhammad an-Nasir renoncera à son trône l’année suivante, le cédant à son fils. À 16 ans, Yusuf al-Mustansir accède donc au trône. Dépourvu d’autorité, il voit rapidement le Maghreb médian lui échapper. Il en va de même en Andalousie où le gouverneur almohade de Murcie réclame une régence et franchit le détroit pour le faire savoir. À Séville, Al-Mamoun fait sensiblement de même. Les taïfas renaissent de leurs cendres et imposent le malékisme. À Marrakech même les cheikhs souhaitent procéder à l’élection d’un nouveau calife, ne laissant d’autre choix au jeune souverain que la fuite pour un temps. Son fils, Abd al-Wahid al-Makhlu lui succède en 1223. Il mourra étranglé l’année même.

Les cheikhs de Marrakech procéderont alors à l’élection d’Abu Muhammad al-Adil. Les Hafsides, du nom d’Abû Muhammad ben ach-Chaykh Abî Hafs, autrefois vizir de Muhammad an-Nasir déclarent leur indépendance en 1226, sous l’impulsion de Abû Zakariyâ Yahyâ. La mort d’Abu Muhammad al-Adil marquera le début de l’ingérence du Royaume de Castille dans les affaires marocaines. Ferdinand III de Castille soutiendra Abu al-Ala Idris al-Mamun tandis que les cheikhs soutiendront le fils de Muhammad an-Nasir, Yahya al-Mutasim. C’est le premier qui prit pour un temps l’ascendant, parvenant à prendre Marrakech et à massacrer les cheikhs. Il renia la doctrine religieuse almohade au profit du malékisme et consentit en paiement de sa dette à construire l’église Notre-Dame de Marrakech en 1230. L’édifice fut détruit deux ans plus tard.

En 1233, son fils Abd al-Wahid ar-Rachid reprit Marrakech et chassa de Fès les Bani Marin, futurs Mérinides (ces derniers faisaient payer à la ville et à sa voisine Taza un tribut depuis 1216), permettant de réunifier le Maroc. En Andalousie, Cordoue tombe aux mains de Ferdinand III de Castille dès 1236. Valence lui emboitera le pas deux ans plus tard, puis ce sera au tour de Séville en 1248. Entre temps, Abu al-Hasan as-Said al-Mutadid parviendra à rétablir un semblant d’unité sur le Maroc mais accumulera les échecs face aux Mérinides dont l’avancée est irrésistible sur le Maroc septentrional. Pour une trentaine d’années, les Almohades survivront, retranchés sur la plaine du Haouz et payant un tribut à leurs voisins septentrionaux. En 1269, Marrakech tombe. En 1276, c’est au tour de Tinmel. Un siècle et demi plus tard, la boucle almohade est bouclée et la dynastie à l’origine du puissant califat de l’ouest disparaît définitivement..

 

Dynastie des Mérinides (1248-1465)

Contrairement aux deux dynasties précédentes, la montée en puissance des Mérinides n’est pas à mettre sur le compte d’une démarche personnelle associable à un individu mais plutôt à l’affirmation collective d’une tribu. L’autre rupture que marque l’accession au pouvoir des Mérinides est l’abandon du leitmotiv de la purification religieuse au profit d’une conception de la conquête du pouvoir plus classique, plus conforme à l’identité tribale des protagonistes.

La première occurrence de la tribu des Beni Merindans l’historiographie marocaine coïncide avec leur participation en tant que groupe à la bataille d’Alarcos (1196), bataille finalement remportée par le camp almohade. C’est à cette occasion que s’illustre Abd al-Haqq considéré comme le véritable fondateur de la dynastie mérinide. De retour au pays, la tribu retombe dans un anonymat relatif jusqu’à la cinglante défaite almohade de Las Navas de Tolosa à l’issue de laquelle les troupes Mérinides iront défaire 10 000 soldats almohades. À la suite de ce succès, les Mérinides s’installent temporairement dans le Rif, soutenus par des Miknassas sédentarisés au nord de Taza.

Dès 1216, ils se faisaient payer tribut par les cités de Fès et Taza. Les Almohades soucieux de restaurer leur autorité sur tout leur territoire lancent de nombreuses contre-offensives, le plus souvent vaines. C’est au cours d’une de ces manœuvres que décède Abd al-Haqq. Son fils Uthman ben Abd al-Haqq lui succède. Nombreux furent les souverains à succéder les uns aux autres. Dès 1227, toutes les tribus entre le Bou Regreg et la Moulouya ont fait allégeance aux Mérinides. Au milieu de la décennie 1240, les troupes Almohades sont mises en déroutes à Guercif. L’ouest du Rif fut également en proie à de nombreuses insurrections Ghomaras tandis que Ceuta et Tanger étaient alors aux mains d’un sultan indépendant, un dénommé El Asefi. Rapidement le nouveau souverain exprima son désir d’en découdre rapidement avec les Almohades retranchés dans le Haouz, l’est des Doukkala et une partie du Souss. Une première tentative en ce sens se solda par un échec en 1262. Les Almohades pressèrent alors les Abdalwadides d’attaquer leurs rivaux Mérinides par surprise. Yghomracen, célèbre souverain abdalwadide fut défait en 1268. L’année suivante, Marrakech fut définitivement prise.

Durant les années qui suivirent, ils boutèrent les Espagnols hors de tous leurs établissements atlantiques jusqu’à Tanger. En 1276, Fès, capitale du royaume se voit augmentée d’un nouveau quartier, à l’écart de l’ancienne ville, où se côtoient notamment le palais royal et le Mellah (Fès El Jedid).

Jusqu’à l’avènement d’Abu al-Hasan ben Uthman en 1331, la dynastie est marquée par une forme de décadence dont les signes principaux sont la multiplication des querelles de succession, des révoltes populaires et des soulèvements militaires. En 1331 donc, Abu al-Hasan ben Uthman (surnommé le Sultan noir) succède à son père, quelques mois seulement après avoir obtenu son pardon. Rapidement, l’obsession de ses aînés pour Tlemcen le rattrape

Sept années plus tard, le sultan et ses armées parviennent à soumettre l’Ifriqiya. L’année suivante pourtant, les Mérinides essuient une cuisante défaite à Kairouan. L’écho de la déconvenue est grand, au point que nait et se répand une folle rumeur selon laquelle le Sultan noir serait mort au combat.

L’anarchie est alors à son paroxysme. C’est le premier grand déclin de la dynastie. Chaque vizir tente de porter sur le trône le prétendant le plus faible et manipulable. Les richesses patiemment accumulées par les souverains précédents sont pillées. En 1370, Tlemcen, où s’était reconstitué le pouvoir abdalwadide, retombe aux mains des Mérinides. Mais deux ans plus tard seulement, il s’éteint. Le royaume est à nouveau scindé en deux, les zaouïas prenant le pouvoir à Marrakech. La peste noire provoque de graves ravages.

S’ensuivent 21 années de déclin durant lesquelles se multiplient les intrigues dynastiques, les coups politiques des différents vizirs, les ingérences nasrides et de vaines tentatives de coups d’éclat militaires face à Tlemcen. Durant les deux périodes de déclin, la pratique de la course se développe, tant dans le Nord, dans les environs de Tanger et Ceuta, que sur la côte atlantique (à Anfa notamment, qui sera d’ailleurs détruite en représailles par les Portugais en 1468). En 1399, alors que le Maroc est en proie à une anarchie des plus totales, le roi Henri III de Castille arme une expédition navale destinée à annihiler la pratique de la course depuis Tétouan. En fait, la ville est non seulement mise à sac mais également totalement vidée de sa population (la moitié est déportée en Castille). En 1415, c’est au tour de Ceuta de tomber aux mains des troupes de Jean Ier, roi du Portugal, lui aussi en croisade contre la course maritime des cités côtières marocaines.

La dynastie mérinide connait un tragique déclin. Les vizirs wattassides s’avèreront incontournables.

 

Wattassides (1471-1554)

Les Wattassides, Ouattassides ou Banû Watâs, sont une tribu de Berbères zénètes comme les Mérinides. Cette tribu, qui serait initialement originaire de l’actuelle Libye, était établie dans le Rif, au bord de la Méditerranée. De leur forteresse de Tazouta, entre Melilla et la Moulouya, les Beni Wattas ont peu à peu étendu leur puissance aux dépens de la famille régnante mérinide (voir l’article détaillé sur les Wattassides).

Les vizirs wattassides s’imposent peu à peu au pouvoir. Le dernier sultan mérinide est détrôné en 1465. Il s’ensuit une période de confusion qui dure jusqu’en 1472. Le Maroc se trouve coupé en deux, avec à Marrakech les émirs Hintata auxquels succède la dynastie arabe émergente des Saadiens, et à Fès le sultanat wattasside déclinant. En 1472, les sultans wattassides ont perdu tous leurs territoires d’importance et ne contrôlent plus la rive marocaine du détroit de Gibraltar.

Les Portugais prennent possession de Tanger en 1471 puis cèdent la ville à l’Angleterre en 1661comme dot apportée par Catherine de Bragance à son époux Charles II d’Angleterre. Durant la domination portugaise (1471-1661, avec un intermède espagnol entre 1580 et 1640), Tanger constitue la capitale de l’Algarve d’Afrique, car il existe alors deux Algarves, celle d’Europe et celle d’Afrique, toutes deux considérées comme territoires relevant personnellement de la dynastie d’Aviz puis de la dynastie de Bragance (le roi du Portugal porte aussi le titre de roi des Algarves). Durant la domination anglaise, Tanger est une place forte stratégique, dotée d’un statut spécial et élisant des représentants à la Chambre des communes à Londres, mais l’entretien d’une garnison importante se relève trop coûteux aux yeux de l’opinion anglaise. Cela pousse Charles II à faire évacuer la place, qui est prise par les troupes marocaines du sultan Moulay Ismail en 1684.

Sous les règnes successifs d’Alphonse V, Jean II et Manuel Ier (période marquant l’apogée de l’expansion portugaise) l’Algarve africaine englobe presque tout le littoral atlantique marocain, à l’exception de Rabat et de Salé. Les Portugais contrôlent la portion côtière s’étendant de Ceuta à Agadir et à Boujdour, avec pour points de jalon les places fortes de Tanger, Asilah, Larache, Azemmour, Mazagan, Safi et Castelo Real de Mogador. Ces possessions forment des fronteiras, équivalent portugais des presidios espagnols, et sont utilisées comme escales sur les routes maritimes du Brésil et de l’Inde portugaise.

Néanmoins la plus grande partie du Maroc portugais est reconquise par les Saadiens en 1541. La dernière fronteira de la Couronne lusitane est Mazagan, récupérée par les Marocains en 1769. Les Espagnols pour leur part s’attribuent la côte méditerranéenne avec les présides de Melilla et le rocher de Vélez de la Gomera, ainsi que la région de Tarfaya faisant face aux îles Canaries. Ils prennent également le contrôle de Ceuta à l’issue de la débâcle portugaise à la Bataille des Trois Rois qui se solde par l’Union ibérique (1580)60.

Les Wattassides affaiblis donnent finalement le pouvoir à une dynastie se réclamant d’une origine arabe chérifienne (les Saadiens) en 1554.

En 1492, sept siècles après la conquête musulmane de la péninsule Ibérique, le dernier royaume musulman en Espagne, Grenade, est reconquis par les rois catholiques.

Dès le début des succès de la Reconquista au x7e siècle, certains Andalous avaient commencé à se replier vers le Maroc ; mais la majorité d’entre eux a été contrainte de quitter l’Espagne principalement en deux temps : à la chute de Grenade en 1492, et en 1609 avec l’expulsion des Morisques.

L’exode de ce peuple, que le pays devra intégrer dans ses tissus sociaux et économiques, va marquer un nouveau tournant dans la culture, la philosophie, les arts et la politique. L’immigration andalouse sera plus délicate dans certaines villes marocaines. Les Andalous vont soit habiter dans d’anciennes cités, soit en construire de nouvelles ; néanmoins, ils s’installeront surtout dans le nord du pays, notamment à Tanger, Tétouan, Oujda, Chefchaouen, mais aussi à Rabat, Salé et Fès.

 

Dynastie des Saadiens (1554-1659)

Les Saadiens, appelés parfois Zaydanides, constituent une dynastie arabe chérifienne originaire de la vallée du Draâ. Elle arrive au pouvoir en 1511 avec le sultan Muhammad al-Mahdi al-Qaim bi-Amr Allah et choisit Marrakech pour capitale définitive après Taroudant. À partir de 1554 elle contrôle entièrement le Maroc, alors que le Maghreb central et oriental est sous la domination des Ottomans. Mohammed ech-Cheikh est un adversaire résolu du sultan-calife ottoman Soliman le Magnifique. Pour conjurer la menace exercée par les gouverneurs turcs d’Alger, le sultan saadien n’hésite pas à chercher l’alliance des Espagnols qui occupent Oran et lui permettent de s’emparer de la région de Tlemcen.

Cependant en 1554 les troupes turques de Salah Raïs bousculent le dispositif saadien établi autour de Tlemcen, et poussent l’offensive jusqu’à Fès avec l’intention d’occuper la moitié nord du Maroc et de l’incorporer à l’Empire ottoman. Alors que l’armée commandée par le pacha d’Alger s’apprête à pénétrer dans la vallée du Sebou, une sortie des forces espagnoles du comte d’Alcaudete, gouverneur d’Oran, oblige les Ottomans à évacuer précipitamment leur éphémère conquête marocaine et à revenir défendre l’Ouest algérien menacé par les Espagnols. Ce retrait turc est profitable aux Saadiens qui récupèrent ainsi Fès et les marches orientales du nord-est marocain. Charles Quint a également évité de voir les Ottomans atteindre la rive sud du détroit de Gibraltar et devenir ainsi des voisins directs de l’Espagne.

L’alliance stratégique hispano-saadienne a montré ainsi son efficacité. Mais la diplomatie pro-espagnole de Mohammed ech-Cheikh lui vaut l’inimitié tenace de la Sublime Porte. En effet, en 1557 des assassins à la solde du beylerbey d’Alger Hassan Pacha décapitent le sultan marocain et envoient sa tête en trophée à Istanbul, où Soliman la fera accrocher aux remparts de la forteresse du Bosphore65. Ce meurtre n’a cependant pas d’incidence sur le front militaire et consolide même les assises de la dynastie saadienne.

L’influence ottomane qui caractérise pourtant ensuite l’évolution de l’État saadien s’explique par l’exil des princes Abu Marwan Abd al-Malik et Ahmed (futur Ahmed al-Mansur Saadi) à Alger et à Istanbul durant le règne de leur demi-frère Abdallah el-Ghalib qui avait voulu les éliminer afin d’être l’unique représentant de la dynastie. Le soutien du sultan ottoman Murad III aux prétentions des deux princes saadiens peut paraître paradoxal en raison des conflits permanents entre Marocains et Turcs, mais Abd al-Malik puis son frère savent exploiter intelligemment cet appui pour récupérer le trône en 1576 et éliminer leur neveu Mohammed el-Mottouakil (fils d’al-Ghalib) qui de son côté s’était allié au Portugal. La mort de Murad III en 1595 met fin par ailleurs aux appétits hégémoniques de la Sublime Porte et renforce ainsi l’indépendance marocaine67.

Si les Turcs sont surtout présents dans l’état-major et dans l’artillerie, l’essentiel de l’armée saadienne est composée de renégats d’origine européenne et de tribus militaires arabes Cheragas ainsi que de contingents du Souss (les Ehl el-Souss, constituant l’ossature militaire de la dynastie). Cette force considérable, estimée à 40 000 hommes par l’historien Henri Terrasse, fait du sultan Ahmed al-Mansur le plus puissant chef politique et militaire de cette partie de l’Afrique.

Marrakech retrouve une partie de sa gloire de l’époque almohade. Les sultans font bâtir des médersas (la célèbre medersa Ben Youssef), des mosquées, réaménagent les jardins (comme celui de la Ménara), mais c’est surtout le fabuleux palais El Badi, réalisé en matériaux précieux, qui contribue au rayonnement de la capitale saadienne et à la réputation fastueuse de la dynastie. L’attrait culturel pour le Maroc s’exprime jusqu’en Europe avec les écrits d’Agrippa d’Aubigné et ceux de Montaigne, mais aussi avec William Shakespeare et son Othello. Ahmed al-Mansur, qui maîtrise parfaitement l’italien (appris au cours de son exil de jeunesse à Alger), entretient une correspondance avec Élisabeth Ire d’Angleterre, Henri III et Henri IV, et se montre fort intéressé par les avancées techniques de l’Occident. Le prestige des Saadiens auprès des chancelleries européennes remonte à la Bataille des Trois Rois à Ksar El Kébir le 4 août 1578, au cours de laquelle l’armée du sultan Abdelmalik met en déroute la croisade du roi Sébastien Ier du Portugal, marquant ainsi la fin définitive de l’hégémonie portugaise sur la façade atlantique du Maghreb. La dynastie s’achève avec le règne du dernier sultan El Abbas tué en 1659 dans une lutte de pouvoir au sein de son propre entourage lors d’un assaut des membres de sa famille maternelle, sa mère étant issue de la tribu des Chibannat et donc d’une ascendance non saadienne.

 

Dynastie des Alaouites (1659-présent)

Les Alaouites (al-Alaouiyoune) (à ne pas confondre avec les Alaouites de Syrie), sont au pouvoir au Maroc depuis le xviie siècle. D’après la légende les Alaouites descendent de Mohamed Nefs Zakiya (« Âme Pure »), lui-même fils de Abdallah El-Kamil, fils de Hassan El-Mouthanna, fils de Hassan Sibt, fils aîné d’Ali Ibn Abi Talib, gendre et cousin du prophète de l’islam, Muhammad. Mohamed Nefs Zakya fut proclamé Mahdi en 737 et tué au combat en 762. Théologien éminent, il a laissé la réputation d’un saint homme et vécut sous le règne du calife Al-Mansour. Les Chérifs alaouites se disent originaires de Yanboâ an-Nakhil, une oasis située dans la péninsule Arabique, appelés à venir au Maroc par de nobles pèlerins berbères du Tafilalet au xiiie siècle : Hassan Dakhil, se réclamant 21e descendant du prophète Mahomet, 17e descendant de Nefs Zakya, se serait installé alors en 1266 à Sijilmassa. Son 5e descendant, Moulay Mohamed ben Cherif, est le père du premier sultan de la dynastie alaouite, Moulay Rachid ben Chérif.

Lointains descendants d’Ali, gendre du Prophète, les Alaouites gouvernent aujourd’hui encore le Royaume du Maroc. Originaires du Tafilalet, le fondateur de leur dynastie n’est autre que Moulay Ali Cherif qui, en 1631 règne comme émir indépendant sur sa région natale. Après sa mort prématurée en 1636, son successeur Moulay Mohammed Ier décide de reprendre les rênes et continue ce que son père avait commencé. Organisateur méticuleux et fin stratège, il va prendre graduellement le pouvoir aux Saadiens en plein déclin depuis la mort d’al-Mansur en 1603. Son frère, Moulay Rachid, va l’aider dans cette tâche en s’emparant du Rif, de Taza et de Fès, puis de la république des corsaires de Salé. Les rivaux potentiels, comme la puissante zaouïa de Dila dans le Tadla, et le royaume soufi du Tazeroualt dirigé par les Semlalides, États locaux à base théocratique et tribale, sont vaincus et soumis. Moulay Rachid devient sultan du Maroc en 1666 et écrase les révoltes qui sévissent encore à Marrakech. Une chute de cheval qui lui est fatale projette son successeur, Moulay Ismail, à la tête du sultanat en 1672.

Cette date rime avec autorité, le nouveau sultan purge à coups de sévères répressions toute forme d’opposition à son régime. Ce qui permettra enfin à l’Empire chérifien d’accéder à la puissance, à la sécurité et à la crédibilité auprès de ses partenaires et de ses adversaires étrangers. Moulay Ismaïl forme une grande armée composée essentiellement d’esclaves-soldats noirs originaires d’Afrique de l’Ouest, (les Abid al-Bukhari, équivalent marocain des janissaires et des mamelouks de l’Empire ottoman) et de soldats issus de tribus militaires arabes (tribus guich) comme les Oudayas. Grâce à cette force dont l’effectif atteint 150000 hommes Ismaïl mène une guerre continuelle contre les tribus rebelles du Moyen et du Haut-Atlas (qu’il finit par soumettre) mais aussi contre les ennemis extérieurs : les Espagnols qui occupent Larache et Assilah, les Anglais de la colonie britannique de Tanger jusqu’en 1684, et les Turcs de l’Algérie ottomane voisine qui convoitent incessamment Oujda et les provinces orientales.

De 1727 à 1757 le Maroc connaît une grave crise dynastique au cours de laquelle les Abids font et défont les sultans, tandis que les tribus guich se soulèvent et razzient les villes impériales.

L’ordre est rétabli par Mohammed III (1757-1790) qui restaure l’unité du sultanat et l’autorité du makhzen. La politique de Mohammed III se caractérise par l’ouverture diplomatique et commerciale de l’État marocain qui entend percevoir les taxes douanières afin d’alléger la pression fiscale intérieure. Des traités sont conclus avec les principales puissances européennes (royaume de France, Royaume de Grande-Bretagne, royaume d’Espagne, royaume de Naples, république de Venise, royaume de Suède, Autriche), qui entretiennent des consulats et des compagnies de commerce dans les ports marocains fondés par Mohammed III. L’exemple le plus connu des nouvelles places économiques est Mogador (Essaouira), entièrement crée et conçue par l’ingénieur français Théodore Cornutpour le compte du souverain chérifien. Les ports d’Anfa (Casablanca) et de Fédala (Mohammédia) sont également aménagés et symbolisent le développement du littoral atlantique, libéré de toute occupation étrangère après la reconquête de Mazagan qui marque la fin définitive du Maroc portugais en 1769. Mohammed III est également le premier chef d’État à reconnaître l’indépendance des États-Unis en 1777. Le sultan établit une amitié épistolaire avec George Washington, ce qui vaut aux États-Unis, en vertu de la « politique de la porte ouverte », de conclure avec le Maroc un traité de paix, d’amitié et de commerce le 16 juillet 1786 (pour une durée de cinquante ans, renouvelé par le traité de Meknès de 1836).

Moulay Slimane (1792-1822) mène une politique isolationniste, à l’inverse de Mohammed III. Le sultan ferme le pays au commerce étranger, notamment européen, et supprime les postes de douane créés par son père. Sur le plan interne ses dahirs d’inspiration ouvertement salafiste provoquent des révoltes tribales et urbaines, liées à sa décision d’interdire les moussems et le maraboutisme. Les Berbères du Moyen-Atlas, notamment les Aït Oumalou, se regroupent sous la direction du chef de guerre Boubker Amhaouch et forment une grande coalition tribale à laquelle se joignent même les Rifains et la puissante zaouïa d’Ouezzane77. Durant les années 1810, l’armée makhzen essuie ainsi de lourdes défaites entraînant la chute de Fès et le repli du sultan sur les provinces côtières qui lui sont restées loyales. Les tribus insurgées et la ville de Fès vont jusqu’à essayer d’imposer les princes Moulay Ibrahim et Moulay Saïd, fils de l’ancien sultan Yazid et neveux de Sulayman sur le trône chérifien, mais finissent par échouer dans leur tentative de changement du pouvoir.

Sur le plan extérieur, le sultan parvient à écarter les velléités de pression exercées par Napoléon Ier et par son frère Joseph Bonaparte intronisé roi d’Espagne à Madrid, proches voisins de l’Empire chérifien depuis l’occupation de la péninsule Ibérique par les troupes françaises en 1808, et affiche une neutralité bienveillante à l’égard des Britanniques qui occupent les présides espagnols du Maroc depuis 1808.

Le sultan finit néanmoins par abdiquer en 1822 au profit de son neveu Abd ar-Rahman ibn Hicham, après la lourde défaite infligée à l’armée makhzen par la zaouia Cherradia près de Marrakech. Moulay Abd ar-Rahman (1822-1859) essaie de sortir l’Empire chérifien de son isolement extérieur, mais ses volontés sont contrecarrées par les premières agressions du colonialisme européen moderne. Le règne de ce sultan correspond en effet à la conquête de l’Algérie par la France, dans laquelle le Maroc se trouve impliqué en apportant son soutien à l’émir Abd el-Kader mais se retrouve défait à la bataille d’Isly (campagne militaire française du Maroc de 1844). La fin du règne est également assombrie par la guerre hispano-marocaine de 1859-1860, suscitée par des incidents entre la garnison de Ceuta et la tribu des Anjra, et qui s’achève par l’occupation espagnole de Tétouan jusqu’en 1862.

À la suite de ce conflit catastrophique pour le makhzen, qui doit payer aux Espagnols une indemnité de guerre de plusieurs millions de livres sterling empruntés auprès des banques britanniques, Mohammed IV (1859-1873) successeur de Moulay Abd al-Rahman amorce une politique de modernisation de l’Empire chérifien. L’armée est le premier champ de ces réformes structurelles. Le système des tribus guich est aboli et remplacé par un recrutement au sein de toutes les tribus nouaïbs (soumises à l’impôt régulier) qui sont tenues de fournir des tabors (unités) d’askars (soldats). Leur formation est confiée à des conseillers militaires turcs puis européens, à l’instar de l’ÉcossaisSir Harry Mac-Lean (nommé caïd pour avoir créé un régiment d’élite sur le modèle britannique82), et l’armement est acheté auprès d’entreprises étrangères telles que la firme Krupp83(ce qui marque le début de l’ingérence allemandedans les affaires marocaines), quand il n’est pas fabriqué localement. En 1871 le sultan envisage de demander la protection politique et militaire des États-Unisdu président Ulysses S. Grant sortis de leur guerre de Sécession, afin de se soustraire aux pressions anglo-espagnoles84.

Parallèlement à cette modernisation de l’armée, des industries sont créées, comme l’arsenal de Dar al-Makina fondé à Fès par des Italiens, des progrès techniques sont enregistrés comme l’installation de la première imprimerie arabe du Maroc, également à Fès depuis 1865. Mais cette politique entraîne de considérables dépenses qui nécessitent d’importants financements.

Le makhzen, ruiné par les conséquences de la guerre de 1860 contre l’Espagne et par les emprunts bancaires contractés auprès des Anglais, se voit donc contraint de lever des taxes supplémentaires non conformes à la Loi islamique, rapidement impopulaires et désapprouvées par les oulémas et l’ensemble des corps sociaux et professionnels. Les tensions liées à cette décision éclatent au lendemain de la mort de Mohammed IV et à l’avènement de son successeur Hassan Ier en 1873. Elles prennent dans les villes la forme d’émeutes sociales violemment réprimées, dont la révolte des tanneurs de Fès est un exemple illustratif86. Le règne de Hassan Ier correspond à la volonté du sultan de concilier les exigences d’une modernisation de l’État aux complexités sociales et politiques du Maroc. Ce règne s’inscrit de plus dans la perspective des rivalités impérialistes européennes qui deviennent plus pressantes encore à la suite de la Conférence de Madrid de 1880, qui préfigure le futur partage de l’Empire chérifien sur l’échiquier international.

Par le biais des concessions économiques et du système des emprunts bancaires, chacune des puissances européennes intéressées, notamment la France, l’Espagne, le Royaume-Uni puis l’Allemagne, espère préparer la voie à une conquête totale du pays. L’habileté du makhzen est de savoir tenir à distance les convoitises conjuguées de l’impérialisme européen et de jouer des rivalités entre les puissances. Mais le décès de Hassan Ier, survenu au cours d’une expédition dans le Tadla en 1894, laisse le pouvoir au très jeune Abd-al-Aziz, fils d’une favorite circassienne du harem sultanien du nom de Reqiya et originaire d’Istanbul, qui par ses intrigues et son influence favorise l’ascension du grand vizir Ahmed ben Moussa dit Bahmad.

1900 par le grand-vizir Bahmad ben Moussa, issu de l’ancienne corporation des Abid al-Bukhari du Palais impérial. Le grand-vizir sait continuer intelligemment la politique pragmatique de Hassan Ier, mais sa disparition entraîne une aggravation de l’anarchie et des pressions étrangères, de même qu’une rivalité entre Moulay Abdelaziz et son frère Moulay Abdelhafid, khalifa du sultan à Marrakech, rivalité qui finit par générer une guerre de course au pouvoir, qui finit par la victoire d’Abdelhafid sur Abdelaziz (qui est exilé sous la protection des troupes françaises qui occupent Casablanca et sa région depuis 1907).

 

Protectorat franco-espagnol (1912-1956)

En 1906, la Conférence d’Algésiras place le Maroc sous contrôle international et accorde à la France des droits spéciaux. Ces droits sont néanmoins contestés par l’Allemagne de Guillaume II, qui convoite l’Empire chérifien et se heurte aux appétits français : affaires marocaines de la crise de Tanger et du coup d’Agadir en 1905 et 1911 : à Tanger le Kaiser vient prononcer un discours orienté contre la France, tandis qu’à Agadir la marine impériale allemande est sur le point de débarquer des troupes, ce qui provoque l’émoi dans toute l’Europe.

 

À la suite du traité conclu entre la France et le Maroc le 30 mars 1912, pour l’organisation du Protectorat français dans l’Empire chérifien, le Nord et le Río de Oro sont attribués à l’Espagne, tandis que les régions centrales avec leurs villes principales et la côte atlantique où se situent les grands ports reviennent à la France. Dans le système de protectorat, le sultan et le makhzen traditionnel sont maintenus, mais le pouvoir appartient en réalité au résident général et au haut-commissaire, qui représentent respectivement la puissance de tutelle française à Rabat et espagnole à Tétouan. La ville de Tanger constitue une zone internationale gouvernée par une commission où siègent les États-Unis et les pays européens possédant des intérêts dans l’Empire chérifien. Ce système est contesté par le mouvement national marocain à partir des années 1930, et surtout à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Par ailleurs, l’ensemble du territoire marocain n’est soumis aux puissances coloniales qu’à l’issue d’une longue guerre de conquête, dite pacification du Maroc, qui s’échelonne de 1907à 1934. De 1921 à 1926 la guerre du Rif menée par Abdelkrim El Khattabi contre l’Espagne et la France connaît un retentissement planétaire.

 

En 1943, après le débarquement des forces américaines en Afrique du Nord, Casablanca abrite une grande conférence alliée qui décide d’obtenir la reddition inconditionnelle de l’Axe Rome-Berlin-Tokyo et d’ouvrir de nouveaux fronts en Europe occidentale pour soulager l’Union soviétique de la pression militaire nazie (voir Conférence de Casablanca).

Le Maroc accède officiellement à l’indépendance en 1956, après les sursauts d’une lutte de plus en plus rude entre les autorités coloniales et le mouvement national. Ce contexte de rapport de force culmine avec la déposition et l’exil du sultan Mohammed Ben Youssef par la résidence générale française en 1953, avant son retour qui met fin au cycle de violences et prépare l’indépendance du pays à travers les accords d’Aix-les-Bains en 1955.

 

Le Maroc indépendant (depuis 1956)

Le Maroc accède à son indépendance le 2 mars 1956 et se trouve confronté dès lors à de nombreux enjeux d’ordre politiques, économiques et sociaux (parachèvement de l’intégrité territoriale, et stabilisation de la situation intérieure. En 1961, le décès de Mohammed V, qui a été le dernier sultan de l’Empire chérifien et le premier roi du Maroc moderne (le titre de roi remplace celui de sultan en 1957), laisse le trône à son fils Hassan II qui doit relever dès lors un ensemble de défis, consolider son pouvoir et assurer la place du Maroc dans le contexte mondial de la guerre froide et de la décolonisation.

En 1963, lors de la Guerre des sables, le Maroc et l’Algérie nouvellement indépendante s’opposent pour le contrôle des régions des confins situées entre Figuig et Tindouf. Le pays est marqué en 1965 par les émeutes de Casablanca, et par la disparition du leader de l’opposition de gauche et chef de file du tiers-mondisme Mehdi Ben Barka (enlevé à Paris en collaboration avec le pouvoir monarchique marocain et les services secrets français), ce qui conduit à la proclamation de l’état d’exception jusqu’en 1970. Les deux ans qui suivent connaissent deux coups d’État militaires avortés — dits « de Skhirat » (1971) et « des aviateurs » (1972) —, entre lesquels la Constitution a été modifiée. En novembre 1975, l’ensemble des partis politiques joignent leurs efforts avec le souverain dans son projet de la Marche Verte pour la récupération des Provinces du Sud dans l’ancien Sahara espagnol. Au fil du temps, le royaume retrouve sa stabilité politique. Durant les deux dernières décennies du xxe siècle, une succession d’années de sécheresses ainsi que le plan d’ajustement structurel imposé par le Fonds monétaire international entraînent une crise économique et sociale très profonde.

Un gouvernement d’alternance, dominé par la Koutla et mené par Abderrahman el-Youssoufi de l’USFP, est formé à la suite des élections législatives de 1997. Après le décès de Hassan II en juillet 1999, Mohammed VI accède au trône.

Douze années après le début du règne, le Maroc est touché en 2011 par les remous du Printemps arabe et connaît une série de manifestations populaires. Le roi fait alors approuver une nouvelle Constitution par référendum. Les élections législatives qui s’ensuivent sont remportés par les islamistes modérés du PJD, qui forment un gouvernement de coalition avec d’autres partis politiques, mené par Abdel-Ilah Benkiran. Le PJD remporte à nouveau les élections législatives marocaines de 2016. En 2016 le Maroc opère un virage stratégique en direction de la Russie et de la Chine. En outre le royaume entreprend d’intégrer l’Union africaine pour 2017, ainsi que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.

Source Wikipédia

 

Aller sur le Forum Maroc :

3 sujets de 1 à 3 (sur un total de 3)
3 sujets de 1 à 3 (sur un total de 3)

Créer un nouveau sujet dans “Maroc”

Vos informations: