Des orangs outans aux anciennes tribut cannibales

 

 

Nous commençons par l’île de Sumatra et nous atterrissons au bout d’une heure à Medan. Coup de cœur pour Medan. Elle n’a rien de spéciale cette ville, si ce n’est de ressembler à l’Iran. A l’hôtel, nous sommes reçu comme des hôtes d’honneur, avec cocktail et salut très chaleureux. Nous sommes dans un quartier populaire, mais notre hôtel est vraiment pas mal du tout, petit resto sympa au rez de chaussée, chambre propre à l’étage, et très spacieuse pour seulement 12 euros.

Nous sortons pour mesurer l’atmosphère de la ville et repérer les lieux. Les gens sont tous souriants et ne cessent de nous saluer en rigolant. Pas de touristes en vue. Ceci explique cela. La ville est cabossé de partout mais il y a une vrai bonne atmosphère, on kiffe. Le soir, les rues ne sont pas éclairées car il y a régulièrement des coupures de courant, mais nous ne nous sentons pas du tout en danger. Nous mangeons dans un boui-boui en pleine rue.

 

 

Nous ne devons y rester qu’une nuit pour filer dans la jungle à la rencontre des Orang Outans (les hommes de la foret). J’ai dû négocier ferme pour pouvoir aller voir ces grands singes, Philippe ne voulait pas déjà en Malaisie, car c’etait trop loin (sur l’île de Bornéo, celle que nous n’avons pas fait). Mais il était hors de question pour moi de venir en Malaisie et en Indonésie et de ne pas voir ces animaux uniques dans la région, et qui plus, est en voie d’extinction. Après des larmes de crocodiles, des promesses d’échanges de services rendus et de chantages, il accepte ! Je lui garantie qu’il ne le regrettera pas. En plus dans cette partie de l’île, il y a une ancienne tribu cannibale convertie au christianisme ! Il me regarde comme si j’étais possédé le Meunier, et refuse. Il y a des fois où faut savoir vivre son excitation et sa joie lonly !

 

On part direction Bukit Lawang (porte des montagnes), dans un minibus déglingué pour trois heures de route. Une épreuve. Bukit Lawang est un village perdu au bord d’une rivière à la porte de la jungle où vivent mes orang outans : le parc Gunung Leuser. Un centre de réadaptation pour orangs-outans a été implanté dans le parc, à 40 mn de marche, le long d’un chemin qui part du village. Bien qu’illégal, le commerce des orangs-outans demeure très actif, frappant particulièrement les animaux les plus jeunes. Les orangs-outans du centre sont des rescapés de ce trafic. Capturés lorsqu’ils étaient très jeunes, la plupart ont du mal à survivre en liberté. L’équipe du centre de réhabilitation leur apprend à retrouver leur milieu naturel, avant de les relâcher dans les régions les plus éloignées du parc national. Un parc similaire existe en Malaisie, mais il est pris d’assaut pas des hordes de bus de touristes, c’est d’ailleurs pourquoi je suis heureuse que nous soyons ici. Le village accueille peu de touristes, au grand damne des guides. Comment leurs expliquer que c’est mieux ainsi…

On se croirait au Paradis…Les mots me manquent pour décrire ce village …Les gens se lavent dans la rivière, les enfants chahutent sur des bouées, l’atmosphère est si paisible… Notre chambre est spacieuse, en face de la foret et toujours pour 12 euros. L’Indonésie est moins cher que la Malaisie incontestablement, du moins à Sumatra. Nous faisons le tour du village, et toujours le même constat : les habitants sont d’une gentillesse incroyable. Tout le monde nous salue et nous sourie, c’est fabuleux. Quel contraste avec la Malaisie si proche pourtant. Des qu’ils comprennent que nous sommes musulmans, ils viennent entamer une conversation.

 

 

Nous tombons sur une stèle qui est un hommage aux morts du village de 2003, suite au débordement de la rivière. Un monsieur entre deux âges nous explique avoir perdu sa femme et son enfant et que le village a perdu 95 % de sa population. Beaucoup d’enfants sont devenus orphelins de père et mère. Il se met d’un coup à pleurer. On a la gorge serrée. Nous partons émus en silence. Ce village porte en lui le stigmate de cette terrible tragédie.

Nous sortons prier à la mosquée du village et l’imam confiera à Philippe qu’ils n’ont jamais eu de touriste musulman dans cette mosquée. Aussi les enfants se rassemblent autour de nous et les hommes viennent jeter un regard curieux et amusé. Une petite fille à coté de moi durant la salat, ne cesse de me regarder même en soujoude et en roukouh (prosternation de la prière), ce qui me donne le sourire et perturbe ma concentration.

Le lendemain nous revenons pour la salat « joumouha » (prière du vendredi) et là : l’imam nous apprend que ce n’est que pour les hommes. Encore ! Il me dit de venir chez lui où il y sa femme pour y prier. Sa maison est en face de la mosquée. Finalement c’est encore mieux, cela me permet de pouvoir entrer dans une maison indonésienne et de connaître une famille dans son intimité.

Il me présente sa femme qui est avec une amie. Elles ne parlent pas anglais et il s’en excuse. Je lui dis qu’il n’a pas à s’excuser au contraire et que c’est gentil à eux de me permettre d’être ici. Les femmes rient avec moi en me posant des fruits exotiques que je n’avais jamais vus, en se tapotant leur nez et montrant le mien. Je ne comprends pas trop mais je crois que mon nez les fait rire et je ris avec elle. Cela doit leur paraître étrange un nez d’arabe. Plus tard on me dira que c’est parce que le leur leur paraît petit et du coup notre nez leur apparaît comme exorbitant. Elles me posent des beignets et de l’eau. On échange avec des signes et je passe un très bon moment. Je suis heureuse d’être là.

 

La maison de l’Imam est vraiment modeste, pour ne pas dire une maison ou l’on sent la pauvreté plus que la modestie. Le sol est en béton, fissuré par endroit avec des trous par d’autres scotchés pour éviter de s’y prendre les doigts de pied. Le plafond est en tôle sans aucun isolant et je me mets à penser aux soirées de forte pluie, au bruit assourdissant et l’humidité qu’il doit y avoir. La chaleur qui règne dans la maison me fait comprendre à quel point il est difficile de supporter les étés sous ce matériel de fortune. Les murs ne sont que des planches de bois clouées les unes aux autres, où la lumière filtre à travers les ouvertures. Comment des gens peuvent vivre ainsi ? Lorsque je vais prier dans la salon, je comprendre que je suis dans le garage avec sa porte bien reconnaissable et la moto qui s’y trouve, mais que c’est aussi la chambre à coucher en plus du salon avec sa télévision, qui date d’une autre époque…

 

 

Le lendemain nous partons enfin voir les Orang outans. Il y a juste une jeune fille qui nous accompagnera en plus de notre guide. Elle est Chilienne, elle aussi une vraie globetrotteuse. Elle voyage seule et fait souvent des trips de plusieurs mois un peu partout dans le monde. Quand elle a su que nous avions fait l’Inde, elle se met à nous conter ses propres anecdotes dans le pays. Elle nous confiera avoir fait 22h de train non stop du sud au nord, avoir voyagé dans un bus local huit heures dans le Rajastan, pour finir par y vomir, sans sac, avoir vu des indiens mourir noyés à Goa, sans que personne n’intervienne, et avoir vu les corps le lendemain sur la plage échouer dans l’indifférence totale des habitants. Un pays de dingue nous dit- elle.

Nous voici donc parti pour la journée au parc Gunung Leuser. « Avec une superficie de plus de 7 750 km2, le Gunung Leuser est l’un des plus grands parcs nationaux d’Asie. On y a recensé plus de 100 espèces de mammifères (rhinocéros, tigres, éléphants, orangs-outans…) et plus de 300 espèces d’oiseaux. » Notre guide nous proposera de faire un trek de 3 jours pour voir le tigre et dormir en pleine jungle, mais nous refuserons car d’une, on a pas assez d’argent pour ça et les moustiques, en plus des sangsues : non ça va, je supporte plus. C’est dur la jungle pour nous citadins, même quand on l’adore !

Le trip est assez hard, les montées abruptes obstruées de lianes et de racines qui nous rendent la montée encore plus difficile. On doit s’y accrocher avec les mains pour pouvoir se hisser et le guide qui monte comme une gazelle nous impose sa cadence. Il fait chaud et humide. On est en nage. Vu que je suis encore la proie de tous les moustiques, je me suis totalement couverte, car dans la jungle, même le jour, ils, ou plutôt elles, vous dévorent ; notre guide nous explique que les femmes sont plus sujette aux attaques, car leur sang est plus sucré, lol. Lui n’a aucun anti-moustique sur lui et à des manches courtes. Pff frimeur.

 

Au bout de deux heures de marche sportive et bien intense, nous les voyons enfin… Ils arrivent vers nous lentement, majestueusement et là, le temps s’arrête pour moi. Je suis subjuguée…Je n’aurais jamais imaginé un jour assister à ce spectacle. Mes yeux s’emplissent de larmes. La beauté me fait souvent cet effet là. Rien ne peut décrire ce moment magique où l’on voit ces animaux sublimes apparaître devant nous. Comment peut on leur faire du mal, je n’arrive pas à y croire. C’est une femelle avec son petit accroché à son giron et un adolescent la suit de prêt. Nos guides leur donne des bananes à manger, et je sais que ce n’est pas bien, car une des règles pour protéger ces animaux est de ne pas les habituer à la présence humaine. Mais comment préserver ce parc et payer tous ceux qui œuvrent pour eux, sans ce tourisme certes écologique, mais qui n’existerait pas si les gens n’avaient pas la certitude de voir apparaître ces habitants de la foret ? Je balaye d’une main mes remords tortueux et je me replonge dans se spectacle magnifique.

 

 

Mon Dieu quelle beauté, quelle perfection la création d’Allah. Mon rêve d’enfant était de voir un gorille à dos argenté au Botswana dans la réserve que Jeanne Fossé avait crée et là je me retrouvais dans une réserve avec d’autres grands singes. Une partie de ce rêve se réalise. Je me rends compte de la chance que j’ai et j’en remercie Dieu intérieurement.

 

Je me tourne vers Philippe pour partager avec lui ce moment et je vois son visage impassible. Je lui dit : « tu n’es pas ému de voir ces bêtes ? Il hausse les épaules. Puis me dit : « une vache ou un orang outan pour moi c’est pareil. J’ai autant de plaisir à voir une vache qu’un singe ! »

…..

Non mais comment on peut dire un truc pareil ?

Nous continuerons notre trip et croiserons deux groupes d’une dizaine de touristes, bruyants et irrespectueux des lieux. Nous sommes heureux de n’être pour notre part que trois. Nous tombons sur des gibbons, et des singes punks et diffèrent oiseaux. Que cette nature est belle et luxuriante ! Mon Dieu que fait l’homme ? Nous mangeons un repas typique et succulent des « hommes de la foret », (les peuples vivant dans et autour de la jungle, se nomment aussi orang-outans) dans des feuilles de palmier accompagnées d’un jeune grand singe mâle. Quel bonheur ! Je rentrerai en souriant, pas à Philippe, en oubliant mes courbatures et douleurs aux pieds. Je suis triste de quitter ces lieux reposants où nous nous sommes ressourcés. Rien ne vaut la nature. Je me vois bien vivre comme ça, simplement, mais les moustiques en moins.

 

 

Nous partons le lendemain en direction du Lac Toba et des anciens cannibales. Ce ne sont pas les seules en Indonésie. Mr Meunier a cédé en lisant des commentaires dithyrambiques du lac ; « Le lac Toba est le plus grand lac du Sud-Est asiatique et parmi les plus profonds du monde. Il s’est formé au cours d’une importante éruption volcanique. En son centre il y a une île : l’île de Samosir. C’est le pays des Bataks. Ils ont longtemps été redoutés de leurs voisins en raison de leur férocité et de leur cannibalisme rituel. Aujourd’hui, si les églises sont remplies le dimanche, l’animisme et le culte des ancêtres sont toujours vivaces.»

C’est là que nous allons. Le lac Toba est d’une beauté à coupé le souffle. Apres quatre heures de route et une heure de ferry, nous voilà sur l’ile. Sur le chemin déjà le paysage a changé tout doucement. Les mosquées ont laissés place aux églises et les maisons si typiques des Bataks apparaissent au fur et à mesure. Leur art est vraiment particulier et nous enchante totalement. Nous y passerons quatre jours, à sillonner l’île en scooteur et à admirer les champs de rizière, les montagnes et prairies. La nature nous revigore. Elle nous aide à la méditation. Je pourrais rester des heures à la regarder.

 

 

Puis nous retournons à Medan pour prendre notre avion, direction Bali.

Philippe a réservé un hôtel quatre Etoiles pour 20 euros ! On a cassé la tirelire quoi. On arrive dans l’hôtel et des porteurs nous prennent nos bagages et nous offrent des cocktails. Waw. La chambre est géniale, pour le même standing nous aurions payés plus de 100 euros dans des pays dit « développés ».

Nous nous empressons de faire un sauna qui est compris dans les prestations de l’hôtel. Celui ci est bien séparé pour les hommes et femmes. Philippe fait la connaissance d’un chinois qui se plaint de l’insécurité dans Medan en le mettant en garde contre les musulmans dans le pays. Evidemment il ne se doute pas qu’il parle à un musulman et pour laisser le monsieur délier sa langue, il ne dit rien. Tous les clichés islamophobes y passent. Les musulmans sont des voleurs et trafiquants en plus d’être hypocrites, surtout dans les grandes villes comme Jakarta, et lui rajoute que chez eux les chinois ça ne se passe pas comme ça. C’est un homme d’affaires qui voyage beaucoup mais vit ici en Indonésie. Comme quoi, le racisme et l’islamophobie n’ont pas de frontière.

 

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