Palestine…

 

Dès le premier jour, ou dois-je dire les premières heures, la police sioniste nous souhaite la bienvenue. Après sept heures de vol comprenant une escale à Prague, ils nous accueillent avec un interrogatoire. Moi qui pensais arriver rapidement, prendre une douche et faire une sieste… Nous avions pourtant pris le vol de nuit pendant le shabbat. Mais nous n’avons pas été épargnés. Je pouvais toujours rêver.

 

BIENVENUE à Tel Aviv !

Ce fut un long moment de doutes. Je n’aurais peut-être pas dû venir. Quelle galère ! Où je me suis embarquée ? Vont-ils nous renvoyer chez nous ? Le verdict sera rendu qu’après sept heures retenu dans une vieille salle spéciale anti-arabe et anti-noir. J’avais l’impression que tout ce qui pouvait ressembler a un « musulman » était systématiquement parqué dans cette pièce. Manque de bol pour moi, mes traits d’asiatique n’ont pas suffi.

Je suis évidemment démasqué par mon voile islamique. Et comme cela ne suffisait pas, il nous ont collé une « pseudo-agent » qui nous a suivis à jusqu’à notre hôtel situé à Jérusalem. Une heure de route tout de même ! Elle y a même passé une nuit. C’est pour cela que nous avons décidé de décaler d’une journée notre mission et de nous rendre à Naplouse le lendemain. En attendant, nous avons visité l’esplanade des Mosquées, le Dôme du Rocher, Al Aqsa avec l’aide de Mohamad, un touriste français fort sympathique qui nous a guidé.

 

Al Aqsa-2     Dome du Roché-2

 

Nous avons été choqués par le contraste entre le quartier juif et le quartier musulman situé à Jérusalem ouest. D’un côté, les « champs Elysées bis » : des boutiques de luxe, pas un papier au sol, un monument-boutique bâtit avec des ruines de maisons palestiniennes. C’était super glauque à voir ; les pierres sont même numérotées ! On nous dit qu’il y’a une loi à Jérusalem qui donne le droit aux sionistes de coloniser la maison du palestinien si il s’absente plus de trois heures ! Malheureusement ce sont des lois parmi tant d’autres… De l’autre côté, le quartier musulman avec ses marchés, épices, architecture de l’ancien temps, ses tracteurs qui faisaient des marches arrière dans des ruelles qui ne dépassaient pas la largueur de mes bras écartés ! Un grand fossé entre deux mondes.

 

Pour notre découverte culinaire, nous dégustons le houmous et des fallafels palestiniens. Un pur régal !

 

Falafeel Palestinien

 

Nous partons pour Naplouse. Je vous épargnerais les détails de mon trajet : vomissements, mal de transport…En contemplant le paysage, nous avons découvert le mur mythique haut de neuf mètres étendu sur quatre-cents kilomètres de long qui sépare les deux peuples. Le monde a été choqué par le mur de Berlin ! Qu’en est-il de celui-ci ?

Mon cœur s’est serré !

 

WELCOME TO PALESTINE !

Nous sommes accueillis dans le guest-house par Amjad le directeur de l’association Naseej, notre partenaire local. En récupérant nos chambres, nous avons été agréablement surpris de rencontrer tant de bénévoles aux différentes nationalités : des américains, des australiens, des italiens, des suisses et bien entendu d’autres français comme Alexandre et Louise. Une pensée pour eux… En attendant la prise de nos chambres, notre coordinateur Mohamed Asmar, avec qui nous avions eu une étroite collaboration tout au long de notre séjour, nous emmène visiter le centre de jeunesse dans le camp d’Askar ! Nous étions impressionnés de l’accueil si chaleureux des enfants en anglais et en français, s’il vous plait ! Ils nous ont montré leurs performances acrobatiques à sauter par-dessus des obstacles-mobilier. Ils s’amusent avec peu de choses, des chaises, un matelas et HOP ! C’est parti! Ils n’ont pas froid aux yeux ces gosses !

La semaine passe très vite. Siham était chargé de l’activité photos avec les enfants. Ils devaient photographier leurs places préférées, manier correctement un appareil, être autonomes, responsables et concentrés. Les photos sont superbes ! Mustapha s’occupait des activités sportives : tournoi de foot, balle aux prisonniers, volley, théâtre…Tous l’acclamaient ! Une vraie rock star ! Je pense qu’ils se sont bien amusés !

Mustapha avait filmé une interview des animateurs Asmar, Samy, Abou Ayad, Mahmoud. Des personnes vraies et courageuses qui témoignent de leurs quotidiens et envisagent un avenir…Et moi, je m’occupais de la rénovation de la cours de l’école. On a fait repeindre tout en blanc la façade extérieure de l’école jusqu’à la mosquée par le gardien Nasser. C’est un homme formidable. Remplacer la couleur rouille par du blanc. Puis on a fait venir un dessinateur pour faire des contours de personnages comme Bob l’éponge, des fleurs ou encore des animaux. Les enfants et moi, nous peinions de couleurs vives ces personnages et autres motifs, histoire d’égayer cette cour. Les enfants étaient fiers de leur travail. Dur labeur sous cette chaleur !

 

Je m’occupais aussi de l’activité « les maux/mots de l’enfant »qui consistait à faire s’exprimer les enfants à travers le dessin. Je demandais aux enfants de dessiner leurs rêves et comment ils voyaient le monde. L’équipe « les enfants du Kenya » ont mené la même activité lors de leur voyage humanitaire, de sorte que nous puissions comparer les productions. L’association « United » souhaiterait être leur porte- parole en exposant leurs dessins en France. Après tout, ils ont droit eux aussi à la liberté d’expression !

 

Ce fut bluffant de voir un enfant de huit ans dessiner le drapeau de la Palestine et écrire liberté ! Voir un pré-adolescent dessiner une colombe avec une clé au bec qui s’envole vers le soleil fuyant la mer barbelée et envahie par les tanks ! Quelle maturité ! Nous avons passé de moments formidables au camp en nous imprégnant de leur culture, en dormant chez l’habitant, en vivant leur quotidien dans et en dehors du camp. Des liens forts d’amitié et de confiance se sont tissés… Nous avons participé financièrement à une sortie où une trentaine d’enfants ont pu se détendre à la piscine en plein air. On a assisté à leur représentation /spectacle de danse traditionnelle de dabbké.

Nous avons passé une journée avec des enfants handicapés et les enfants valides dans un autre centre. On les avait maquillés. Ce fut de bons moments de bonheur. Nous avons eu l’opportunité d’aider notre chère collaboratrice française, Manon présidente de l’association de Touscritr. C’est une femme très engagée. Son projet en Palestine consistait à replanter des oliviers dans des endroits désertés, menacés d’être récupérés par l’armée israélienne. Nous l’avons aidé à mettre les noms des donateurs sur les oliviers que des bénévoles ont plantés en début d’année 2012.

 

Association Les Mots-maux d'enfants Association Les Mots-maux d'enfants

 

A l’issue de notre mission, Siham a fait une exposition du travail photo des enfants. Mustapha et moi avons fait tagué par un talentueux artiste Ahmad, le logo de l’association avec le drapeau de la Palestine à l’entrée du centre afin de laisser un souvenir de France… Après les activités, nous avons visité la famille Sanakré qui a perdu ses enfants pendant la deuxième intifada. L’un était résistant. Il mourut donc en Martyre. L’autre a été tué par les sionistes sans raison. La mère fut très digne lors de son témoignage. Malheureusement ce n’était pas un cas isolé. Chaque personne que nous rencontrions avait dans sa famille un martyre, un prisonnier torturé, un mutilé de guerre. Beaucoup ont vu leur maison détruite injustement.

C’était le cas de Hasheem, un grand résistant d’Hébron qui habite la deuxième ville la plus dangereuse après Gaza. Il ne nous a pas laissés insensibles. La particularité d’Hébron est que les colons habitent la même ville que les palestiniens. Hasheem nous raconte que sa femme a fait deux fausses couches durant l’invasion nocturne des colons. Ils l’ont frappé et menacer de quitter leurs terres. Ils empoisonnent son eau, coupent l’électricité, détruisent le chemin qui mène à son logement pour faciliter l’accès aux routes réservées aux colons. Chaque jour lui et sa famille sont donc forcés d’escalader des passages rocailleux en pente afin d’entrer chez eux.

Des militaires ont tabassé son neveu de neuf ans en plaquant son visage contre une table. La cruauté de ces terroristes ne s’arrête qu’au moment où ils lui mettent une pierre dans la bouche pour lui casser les dents. Je n’ai plus de mots ! Le père d’Hasheem décéda dans sa maison. Il dut alors porter le corps de son défunt père (que dieu ait son âme) en escaladant ce fameux chemin rocailleux en pente sous un soleil de plomb à quarante degrés. Le fils parvint au check-point mais manque de bol, le soldat était de mauvaise humeur. Sans aucune raison valable, le militaire leur refuse le passage ! Après une heure trente d’attente sous cette chaleur, l’accès leur est permis. Il faut franchir le dernier obstacle ; ce fameux scanner de sécurité. Un bip retentit, c’est la montre du père d’Hasheem. Un des gardes prit son arme et explose volontairement la montre et les os du poignet de son défunt père avec ! C’est horrible ! Même les morts sont persécutés ! Je suis outrée et écœurée par cette impuissance et injustice !

 

Il ne faut pas se leurrer, je ne verrai jamais la Palestine libre de mon vivant…

Je tente de trouver du réconfort en me disant que nous avons eu l’occasion de visiter l’Église de la Nativité, le tombeau d’Abraham, la mer Morte, Jericho, Sebastia et des sites incroyables chargés d’histoire. On a pu passer quelques jours de Ramadan à l’Esplanade des Mosquées, moment magique et inoubliable. Cela nous a permis de souffler. Le dernier jour à Naplouse arriva. Très vite, la nostalgie s’installe et c’est le moment de dire au revoir aux palestiniens, aux français Louise et Alexandre.

Ce jour fut mouvementé puisque sur le chemin du retour au check point de Ramallah, un soldat décide de nous faire descendre du car sans aucune raison valable. Il ordonne au conducteur de partir sans nous. Naïfs que nous sommes, nous pensions qu’il demandait au chauffeur de nous attendre plus loin ! Heureusement qu’un palestinien nous a fait comprendre que le chauffeur avait disparu avec nos bagages ! Ce fut un moment de dégout, de déception répétée !

Le soldat nous prenant pour des imbéciles nous fit signe de courir derrière le car. Foutaise ! Impossible de le rattraper. Se fendre la poire avec ces collègues était ce qu’il voulait ! Les palestiniens sont des gens honnêtes. Nous retrouverons nos bagages au terminus. Quel épilogue ! Cela représente bien l’état d’esprit fourbe dont sont victimes les palestiniens au quotidien. Au retour ils nous ont séparés de Siham et l’ont faite passer sous détecteur à la poudre d’explosif). Un douanier me regarde droit dans les yeux et me demande si j’avais une bombe dans mon sac. Je ris. Ils se sont permis aussi de Fouiller, retourner, les sacs de mes collègues. Nous ne baisserons pas les bras pour témoigner de la vérité. Les palestiniens sont victimes d’une véritable ségrégation. Ce sont des personnes dignes, chaleureuses et remplies de joie de vivre malgré leur situation. C’est remarquable !

 

I LOVE YOU PALESTINE

Que dieu te garde…Parmi tous mes voyages, ce fut le plus riche humainement et j’en sors grandit.

Je relativise vraiment par rapport à nos tracas quotidiens. Je me rends compte à quel point la liberté n’a pas de prix. Nous ne nous rendons pas compte ! Le fait de ne pas circuler librement en passant des check point, de surveiller l’heure de peur qu’on tue les siens, qu’on te vole ta maison !

C’est fou mais tout est permis ! Ce n’est pas une guerre de religion mais juste d’occupation car certains juifs condamnent la barbarie du sionisme !

Musulmans et juifs cohabitaient bien ensemble avant la Nebka (l’exode catastrophique de 1948 des palestiniens dans les camps de réfugiés normalement provisoires).

Je vous encourage fortement de venir voir par vous-même la véritable situation palestinienne !

PEACE, Heidi

 

Associations qui organisent régulièrement des voyages humanitaires:

  • http://www.france-palestine.org/
  • http://cbsp.fr/
  • http://www.msf.fr/
Journal de bord de l’association United Cergy
Ecrit par Heidi chef de projet « les enfants de la Palestine »
Je remercie Dieu qui m’a fait rencontrer de bonnes personnes pour vivre ce rêve que je pensais irréalisable.
Merci à Mounira Anjary, à l’association « United » et tous ces « wonder » bénévoles, à ma famille, mes amis qui nous ont aidés de près ou de loin à l’élaboration de ce projet.
L’équipe «les enfants de la Palestine » se compose de Siham « la photographe », mon acolyte athlétique aux nerfs solides avec qui j’ai partagé l’une de mes meilleures expériences. Il y avait Mustapha, qui a joué au « bodyguard » et animateur sportif et moi même, Heidi qui me chargeait des projets de rénovation et de dessins « les maux/mots de l’enfant ».
 

 

 

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